UFA REVUERevue UFA: La périodique spécialisé pour l'agriculture SuisseDetailseitenMaster

Archiv2016 01.12.2016 08:59

L’intensification de l'agriculture uniformise les écosystèmes

Lorsque les agriculteurs exploitent les surfaces de manière très intensive, non seulement la diversité des espèces diminue, mais le paysage devient plus monotone et finalement, les mêmes espèces se retrouvent partout. Ce nivellement met en danger les prestations naturelles comme la formation des sols pour la production de nutriments ou la lutte naturelle contre les organismes nuisibles.
  • Une communauté de destin: la miride (Macrotylus paykulli) vit de la sève de la bugrane rampante (Ononis repens). Si cette plante est remplacée par des types de graminées plus nourrissantes pour les animaux, la miride disparaît également. Cliquer pour agrandir. (Photo: Lars Skipper)

Le consortium de chercheurs sous la direction de l’Université technique de Munich (TUM) a étudié pour la première fois les conséquences d’une exploitation agricole intensive pour les groupes d’espèces les plus différents à une grande échelle spatiale. Les données sont collectées depuis 2008 dans le cadre d’un projet allemand de fond sur 150 parcelles de terrain agricole. « Il s’agit assurément des sites écologiques d’étude en plein air les plus complets en Europe », affirme Wolfgang Weisser, professeur d’écologie terrestre à la TUM.

Les sites d’étude qui se trouvent dans deux réserves de biosphère ainsi qu’un parc national en Allemagne diffèrent en termes de climat, géologie et topographie. Toutes sont exploitées cependant par des agriculteurs d’une manière habituelle pour l’Europe. Les scientifiques ont analysé plus de 4000 espèces grâce à une nouvelle procédure statistique qui leur permet d’évaluer l’impact de la fauche, de la fertilisation et du pâturage sur la similitude des espèces sur différentes parcelles.

Pour la première fois, les chercheurs prennent en compte également les organismes du sol, bactéries, champignons et myriapodes. Ainsi, tous les groupes d’espèces de la chaîne alimentaire sont représentés. Jusqu’ici, les études semblables n’abordaient que certains groupes d’espèces, notamment les oiseaux au sein d’un écosystème, et uniquement sur une surface définie. Avec ce jeu exceptionnel de données, les chercheurs ont pu démontrer pour la première fois statistiquement qu’en raison de l’exploitation intensive, toutes les prairies présentent une répartition presque identique des espèces, et n’offrent un habitat qu’à des espèces peu nombreuses.

Une exploitation modérée ou intensive des prairies (notamment, deux ou quatre fauches) ne fait d’ailleurs pas grande différence. « A l’échelle supra-régionale, une exploitation modérée des prairies réduit déjà les communautés d’espèces à quelques généralistes peu exigeants », indique le premier auteur, Martin Gossner, qui travaille depuis au WSL. « Une intensification supplémentaire ne renforce qu’à peine ce nivellement des espèces. »

La raison de cet état de fait est illustrée par l’exemple de la bugrane rampante (Ononis repens) plante hôte de la miride (Macrotylus paykulli). Cette dernière pompe la sève de la plante et dévore à l’occasion également les insectes qui restent collés aux poils sécréteurs de la plante. Lorsque la bugrane est remplacée par des graminées courantes de meilleure valeur nutritive, la miride perd son habitat et finalement, les deux espèces disparaissent. Cet exemple montre pourquoi de nombreuses espèces animales ou végétales disparaissent même avec une exploitation peu intensive des prairies et pâturages.

Il ne reste alors que les espèces tout-terrain, qui n’ont pas trop d’exigences en termes de plantes nourricières ou de conditions environnementales. Le paysage devient alors plus monotone, et les prairies fleuries très variées, qui donnaient nourriture et abri aux insectes les plus différents, sont remplacées par des prairies homogènes unifiées. « La raison principale de ce que nous appelons homogénéisation biotique est l’intensification de la fauche », indique le professeur Eric Allan de l’Université de Berne, co-auteur de l’étude.

Des prairies exploitées de manière extensive seraient indispensables pour la protection de la biodiversité, explique Martin Gossner. Ce n’est que lorsqu’autant d’espèces que possible trouvent l’habitat qui leur est spécifique sur de grandes surfaces que la lutte naturelle contre les organismes nuisibles ou la formation des sols pourront se rétablir. Et cela est directement profitable aux êtres humains.

source: Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage WSL
  • auteur
  •  Rédaction [RED]

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