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Production végétale 27.10.2017 08:55

Couverture totale sous filet des vergers de fruitiers à pépins

Alors que les filets latéraux anti-grêle sont déjà utilisés par endroits dans les vergers de fruits à pépins, on ne dispose de guère d’expérience avec la pose de filets latéraux anti-insectes. De premières observations d’Agroscope montrent l’utilité de cette mesure, mais aussi les défis qu’elle peut poser.
  • (Bild: Diana Zwahlen, Agroscope)

A la différence des vergers de fruitiers à noyau, les parcelles d’arbres fruitiers à pépins totalement recouvertes de filets sont encore plutôt rares. Sur certains sites on utilise certes des filets latéraux anti-grêle, par exemple pour empêcher la pénétration des hannetons, pour exclure les pollinisateurs contaminés par le feu bactérien ou pour optimiser l’effet de confusion contre le carpocapse. Les filets latéraux anti-insectes à maillage plus fin ne sont par contre pas encore répandus. Agroscope a étudié pendant plusieurs années, dans deux parcelles de pommiers, l’impact de filets latéraux à maillage fin sur les ravageurs et les auxiliaires. Ces dernières années, leur influence sur le microclimat ainsi que sur la croissance et la qualité des récoltes a également été analysé.

Les parcelles expérimentales
L’une des parcelles expérimentales avec les variétés Boskoop, Jonagold, Modi et Bonita (jusqu’en 2016 Red Love) se trouve à Güttingen (TG), la taille des mailles étant ici de 3,5 × 4 mm. L’autre parcelle d’essai se trouve à Horgen (ZH), avec les variétés Opal et Milwa-Diwa. Les filets latéraux ont ici un maillage plus fin (1,35 × 1,35 mm). Dans les deux vergers, une moitié est totalement recouverte de filets (protection antigrêle en haut et anti-insectes sur les côtés). L’autre moitié ne l’est que par un filet anti-grêle et sert de témoin.

Résultats
Comme avec les filets anti-grêle latéraux, les dégâts causés aux fruits par le carpocapse ont été nettement réduits par les filets anti-insectes latéraux. Les premières observations indiquent que les filets à maillage plus fin réduisent aussi les attaques de plus petits insectes nuisibles. Les dégâts dus à la petite tordeuse des fruits étaient nettement moins importants dans les deux parcelles expérimentales que dans les parcelles témoins sans filet latéral (filet antigrêle en haut seulement). Un filet à mailles de 1,35 × 1,35 mm s’est révélé plus efficace qu’un filet anti-insectes latéral plus grossier (mailles de 3,5 × 4 mm). Les attaques d’hyponomeutes, d’hoplocampes, de la tordeuse térébrante du fruit et du psylle printanier du pommier étaient également plus fortes dans les témoins non équipés. Si la couverture totale a donc eu un effet positif contre ces ravageurs, des difficultés sont en revanche apparues pour les ravageurs assez petits pour traverser le filet, mais dont les ennemis naturels étaient retenus par le filet. On a par exemple observé une plus forte pullulation d’aphidés (notamment du puceron vert du pommier et du puceron cendré du pommier). De plus, dans la parcelle de Horgen (ZH), les attaques de pucerons lanigères et les cas d’érinose étaient considérablement plus importantes lors d’une couverture totale. Il faut s’attendre à des constats similaires si les ravageurs s’introduisent dans les parcelles avant la fermeture des filets ou par des trous dans les filets. A l’intérieur des vergers au bénéfice d’une couverture totale, on a par exemple recensé un nombre de geometridae un peu supérieur à celui des vergers exempts de filets latéraux, probablement en raison de la disparition du contrôle par les passereaux.

Et les auxiliaires?
S’agissant des auxiliaires tels les acariens prédateurs, les araignées et les syrphes, l’effet tendanciel des filets anti-insectes latéraux ne ressort pas clairement. Au fil des ans et des saisons, les auxiliaires étaient autant présents à l’intérieur des vergers totalement couverts que dans les vergers témoins sans filet latéral. Les problèmes engendrés par les aphidés et les pucerons lanigères à l’intérieur des filets pourraient éventuellement provenir d’une migration et d’un développement retardés des auxiliaires.

Conditions locales
Pour certains ravageurs et auxiliaires, les effets de la couverture totale différaient entre les deux parcelles expérimentales. De même, les conclusions des expériences réalisées avec des systèmes similaires à l’étranger ne sont pas toujours absolument claires et se contredisent parfois. Cela laisse supposer que les conditions locales peuvent influencer les effets d’une couverture totale sur les populations de ravageurs et d’auxiliaires. Il est donc important d’évaluer chaque verger séparément et d’adapter la stratégie au site. Microclimat et qualité Pour étudier de possibles effets indésirables des filets anti-insectes latéraux, on a effectué des relevés sur le microclimat du verger avec le filet à maillage plus fin en 2015 et en 2016. Par ailleurs, divers paramètres relatifs à la physiologie et à la qualité de la récolte ont été mesurés et comparés avec le témoin sans filet latéral. Mis à part son effet sur le vent, le filet latéral n’a eu qu’une influence minime sur le microclimat. En 2016, les filets latéraux ont réduit la force du vent de 34,1 %. La température de l’air n’a augmenté que de 0,8° C en moyenne, l’humidité de l’air de 3,2 %. Les résultats de 2015 étaient comparables. Aucune différence notable n’a pu être constatée concernant la croissance des fruits, la photosynthèse, l’ampleur et la qualité de la récolte.

Contrôler l’infestation
Dans les vergers de pommiers, la couverture intégrale est, selon la finesse du maillage, une bonne alternative ou un complément utile à la protection chimique contre certains ravageurs tels que le carpocapse des pommes, la petite tordeuse des fruits ou l’hoplocampe. Elle peut permettre de réduire les pulvérisations d’insecticides et augmenter la sécurité des récoltes. La pose de filets latéraux ne garantit toutefois pas l’exclusion des ravageurs. Un suivi régulier pour la détection des attaques reste très important. Les petits ravageurs comme les aphidés et les pucerons lanigères du pommier méritent qu’on leur accorde une attention particulière, car ils ne sont pas retenus par les filets latéraux et peuvent facilement se développer à l’intérieur de l’espace sous filet. S’agissant de la croissance des fruits, de la qualité et de l’ampleur de la récolte, une couverture totale ne semble pas avoir d’impact négatif. Aucune différence n’a été observée non plus concernant les maladies. Un grand nombre de ces observations doivent toutefois encore être confirmées ou confortées ces prochaines années par des études supplémentaires. 

source: UFA-Revue 10/2017
  • auteur
  •  Rédaction [RED]

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