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Technique agricole

Désherbage avec du courant électrique

Une lutte contre les adventices sans produits chimiques et sans résidus fait l’objet de tests en Suisse. Des essais pratiques montrent des résultats encourageant pour une méthode utilisant du courant électrique produit par une génératrice entrainée par la prise de force du tracteur.

La machine lors de la démonstration à Biezwil.

La machine lors de la démonstration à Biezwil.

Publié le

Actualisé le

Département de la protection des végétaux du canton de Berne

Swiss No-Till

Alternative aux herbicides

Le recours aux herbicides est de plus en plus contesté. Afin de réduire la dépendance aux herbicides, des réflexions sur des moyens de lutte alternatifs sont en cours. Un voyage au Brésil, pays grand producteur de bois FSC, permet d’y voir plus clair. Dans cette production labellisée, le recours aux herbicides est très réglementé, ce qui a déclenché la recherche de moyens alternatifs aux désherbages chimiques. Parmi ces méthodes alternatives, figure «l’électro herbicide», une technologie inventée il y a longtemps, mais presque pas utilisée jusqu’ici. Entretemps, au Brésil, cette méthode de désherbage est également utilisée dans le semis direct ainsi que par l’agriculture biologique.

«Avant d’avoir vu ‹l’électro-herbicide›, je n’y croyais pas», témoigne Matthias Eberius, de la société Zasso Sàrl. Maintenant que ce technicien a vu de ses propres yeux fonctionner une machine, il en est convaincu. L’effet est rapidement visible et dure longtemps. Le sol reste propre et sans adventice durant 60 jours.

L’adventice en tant que système de résistance

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Les applicateurs pour le courant électrique à l’avant du tracteur.

«L’électro-herbicide» fonctionne comme un circuit électrique. Un générateur entraîné par la prise de force du tracteur produit du courant électrique qui est transmis aux plantes adventices via un applicateur métallique. Le courant électrique circule à travers les tissus cellulaires des plantes, des parties aériennes jusqu’aux racines, puis finit par atteindre le sol. Afin de boucler le circuit électrique, un deuxième applicateur ramène le courant au générateur. Dans un tel circuit électrique, les plantes forment des résistances. La tension électrique endommage la chlorophylle des plantes entrant en contact avec les applicateurs, ce qui tue les cellules des plantes. Les plantes touchées sont en sorte «blanchies» et meurent peu de temps après.

Selon la taille des adventices, il faut un courant électrique de l’ordre de 5000 à 15 000 volts avec 30 ampères. La consommation peut atteindre jusqu’à 30 l de diesel par hectare en fonction de la pression des adventices. Des machines ont été développées tant pour les cultures en ligne que pour les traitements en plein. On a bon espoir de venir à bout des mauvaises herbes problématiques, telles que souchet comestible, liseron ou chiendent.

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La génératrice entrainée à la prise de force du tracteur qui produit le courant électrique.

Essais en conditions européennes

Des machines d’origine brésilienne ont été importées et sont testées en Europe maintenant. En collaboration avec le FiBL (Institut de recherche pour l’agriculture biologique), des recherches sont menées sur les éventuels effets sur l’environnement et en particulier sur les organismes vivants dans le sol. Pour le moment, on part du principe que les vers de terre et autres organismes vivants du sol ne seraient pas du tout touchés, entre autres car situés dans des pores remplis d’air dans lesquelles la conductibilité du courant électrique est moindre. Ces aspects doivent cependant encore être vérifiés.

Davantage d’informations sous: www.zasso.eu 

Essai pratique d’«électro-herbicide» à Biezwil

En collaboration avec Swiss No-Till, la firme allemande Zasso Sàrl réalise une série d’essais de désherbage en Suisse à l’aide d’une machine produisant du courant électrique. Le 7 juin, une démonstration de ce nouvel appareil a été réalisée à Biezwil dans le canton de Soleure, chez la famille Fritz et Nicole Reusser. La famille Reusser pratique le semis direct depuis plus de vingt ans sur son exploitation et a accueilli cette manifestation pour une soirée. Dans sa rotation, l’exploitant met en place un engrais vert en procédant à un travail du sol superficiel qui aplanit le terrain pour toute la rotation. «L’engrais vert est très important dans la rotation, la mise en place se fait aussi soigneusement que pour une autre culture», explique Fritz Reusser. Viennent ensuite les betteraves, suivi d’un blé panifiable, du colza et enfin des céréales fourragères. Le tout en semis direct à l’exception des betteraves mises en place avec un semoir combiné Monosem. Lors de la visite, un spécialiste de chaque culture a expliqué l’itinéraire technique de la parcelle. Matthias Eberius, ingénieur chez Zasso, a pour sa part présenté l’«électro-herbicide».

Ce prototype est équipé pour un désherbage en surface, mais des essais sont également réalisés pour un travail en interlignes. Le principe de fonctionnement est simple: le courant électrique produit passe à travers un premier applicateur sur les plantes, puis dans les racines et le sol. Un second applicateur récupère le courant qui retourne au générateur comme dans un circuit électrique. Lors de la démonstration sur le terrain, l’effet n’est pas visible directement, l’herbe étant simplement touchée par les applicateurs. Selon Matthias Eberius «les résultats sont plus que probants dans les différents essais déjà réalisés».

Au vu de la mauvaise image des produits de traitement des plantes dans la population et des résidus trouvés dans les analyses, cette méthode semble apporter des solutions à des problèmes concrets. Pour les techniques simplifiées en grandes cultures conventionnelles, en agriculture biologique ainsi que dans le domaine des travaux publics, les avantages d’un désherbage sans résidus ni dérive semblent prometteurs. Les observations faites dans les essais réalisés indiquent par ailleurs une élimination de la quasi-totalité des plantes, sur une durée prolongée. Les conditions météorologiques et le stock grainier dans le sol sont des facteurs importants qui influencent la rapidité de recolonisation par la végétation.

«Des essais sont encore nécessaires pour perfectionner la méthode et l’adapter à différentes situations, notamment l’intensité du courant selon la masse de végétation à éliminer et le type de sol», précise encore Matthias Eberius.

plus d’informations: www.zasso.eu

Photo: W. Sturny

Auteurs   Alexandra Schröder, Station cantonale de protection des plantes du canton de Berne; Reto Minder, Swiss No-Till  Essai Biezwil  Jean-Pierre Burri, Revue UFA, 1510 Moudon  Photos Jean-Pierre Burri

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