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Production animale

Adapter la production à la demande

Les chèvres sont des animaux exigeants, surtout en matière d’affouragement. Elles jaugent avec précision la ration qui leur est distribuée et ne consomment que ce qu’il y a de meilleur. En présence de performances laitières élevées en particulier, les chèvres doivent bénéficier d’un affouragement approprié et de fourrage frais distribué à intervalles réguliers.

Les chèvres sélectionnant le fourrage, il faut tabler sur environ 20% de restes à la crèche.

Les chèvres sélectionnant le fourrage, il faut tabler sur environ 20% de restes à la crèche.

Publié le

Actualisé le

Spécialiste du porc, service technique UFA

Lait de chèvre

La famille Schärer, de Schongau (LU), est habituée aux animaux plus difficiles. Cela fait en effet déjà 20 ans qu’elle élève des chèvres sur son exploitation à titre accessoire. Ce qui fut tout d’abord un hobby s’est peu à peu mué en une solide branche d’activité pour la famille Schärer. Jürg Schärer travaille à plein temps à l’extérieur, raison pour laquelle son épouse Margrit réalise la plupart des travaux liés aux chèvres. L’élevage caprin est toutefois aussi un projet familial: les quatre enfants du couple d’exploitants viennent souvent à l’étable et donnent de gros coups de main sur l’exploitation.

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C’est en général Margrit qui se charge de la traite, mais toute la famille aime donner un coup de main. 

Performances élevées

Actuellement, l’exploitation compte 84 chèvres laitières, 5 boucs et 5 vaches. En plus de cela, 15 veaux sont engraissés chaque année. La plupart des chèvres laitières sont de race Gesseney, avec quelques animaux de race Col Noir du Valais. Le troupeau s’étant continuellement étoffé ces dernières années, il a été impossible d’opérer une sélection stricte et il a fallu opter pour des compromis en matière d’élevage. Pour les Schärer, les paramètres de sélection les plus importants sont le niveau de performance laitière, les aplombs, le nombre de cellules et les teneurs du lait. Les boucs achetés sont systématiquement testés par rapport à la pseudo-tuberculose, l’exploitation étant jusqu’ici exempte de cette épizootie contagieuse et souhaitant ardemment le rester. Le niveau de performance du troupeau avoisine actuellement 675 kg de lait par chèvre et par lactation (220 jours). Les écarts au niveau du troupeau sont relativement importants, les animaux les plus performants dépassant le seuil des 1000 l. Chez les Schärer, les chèvres affichent généralement une durée de production de 6 à 7 lactations. Les animaux plus âgés sont plutôt une exception. Les deux animaux plus âgés récompensés en 2016 par le prix décerné pour une performance de vie élevée figurent parmi ces exceptions. Ce prix récompense les chèvres de race Gesseney affichant une performance de vie supérieure à 11 500 kg de lait.

Seulement le meilleur

Pendant la période de végétation, les chèvres laitières des Schärer reçoivent de l’herbe en vert, du foin, des cubes de maïs et des concentrés. Les enfants se chargent de récolter l’herbe en vert au bon moment (l’herbe doit être aussi sèche que possible). Une fois récoltée, l’herbe est déchargée dans un doseur, d’où elle est ensuite distribuée confortablement à l’aide d’un tapis à fourrage, par simple pression sur un bouton. Le tapis à fourrage est rechargé 15 fois par jour, pour que les chèvres disposent constamment de fourrages frais. L’herbe est nettement mieux consommée lorsqu’elle n’a pas été mouillée par la pluie. Elle ne doit par ailleurs être ni trop vieille ni trop fibreuse, raison pour laquelle elle est fauchée toutes les cinq à six semaines. Les chèvres disposent de foin à volonté dans le râtelier réservé à cet effet. Les cubes de maïs, le maïs plante entière et l’aliment de production UFA sont distribués pendant la traite.

Comme mentionné en préambule à cet article, les chèvres sont très gourmandes. Elles consomment toujours les feuilles les plus appétissantes avant de manger les tiges contenues dans les fourrages grossiers. Même en ce qui concerne ces tiges, les chèvres ingèrent tout d’abord les plus jeunes. Ce comportement d’ingestion fait que les refus de crèches représentent des volumes importants dans l’élevage caprin intensif. La famille Schärer estime les refus à environ 20% des fourrages de base distribués. La qualité des refus de crèche étant malgré tout correcte, les refus suffisent amplement à nourrir les cinq vaches de l’exploitation. Jürg Schärer décrit l’affouragement des chèvres laitières de la manière suivante: «L’équilibre n’est pas si facile à trouver. Soit on tolère des quantités de refus relativement importantes à la crèche, soit on produit moins de lait.» Jürg Schärer a volontairement renoncé au pâturage : «Les problèmes liés aux parasites sont difficiles à combiner avec la production laitière. Ainsi, un seul vermifuge est exempt de délais d’attente», précise le couple d’exploitants.

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La famille Schärer (depuis la g.): Jürg, Peter, Nicole, Margrit, Lars, Benno, Melanie (partenaire de Benno), et Simon (partenaire de Nicole).

Couvrir les besoins

Le conseiller UFA Hans-Ueli Baumgartner calcule et adapte régulièrement la ration des chèvres laitières. Pour cela, il recourt souvent au contrôle laitier mensuel, qui lui permet de se faire une idée du niveau de production actuel de chaque chèvre. A l’image de ce qui se pratique pour les vaches laitières, Ueli Baumgartner utilise les teneurs du lait pour en tirer des conclusions sur l’approvisionnement en protéine et en structure. Le fait que les chèvres ne consomment que deux à quatre kilos de matière sèche par animal et par jour complique les adaptations à effectuer au niveau de la ration et ne laisse qu’une faible marge de manœuvre. En début de lactation surtout, les chèvres atteignent des performances journalières élevées et doivent également être affouragées en conséquence. Elles perdent sinon beaucoup de poids corporel et très rapidement: les animaux concernés ne s’en remettent souvent pas et doivent alors être éliminés.

Outre la phase de démarrage, il est également important d’accorder une attention particulière aux deux derniers mois de gestation, surtout dans le cas des naissances multiples. Les cabris à naître affichant une forte croissance au cours des derniers mois de la gestation, les besoins en nutriments augmentent fortement à un moment où l’ingestion diminue nettement. Durant cette période, les fœtus occupent en effet beaucoup de place et le volume de la panse diminue en conséquence. Concernant les chèvres pour lesquelles l’éleveur s’attend à une naissance multiple, il est judicieux de compléter la ration avec des concentrés, à raison de 200 à 600 g/animal/jour. La toxicose de gestation (carence en énergie) est souvent décelée à un stade tardif et entraîne des décès subits. Les Schärer commencent à habituer les chèvres à leur future ration environ un mois avant la mise bas. Pour ce faire, ils distribuent du foin de séchoir ainsi que de la pulpe de betterave.

La livraison du lait représente un défi

Les chèvres commencent à mettre bas dès le début du mois de février. Il s’agit d’une période très intensive en travail durant laquelle toute la famille donne un coup de main. Les cabris sont séparés de leur mère dans les deux à trois jours qui suivent la naissance. Ils sont ensuite engraissés au lait de vache (60%) et au complément au lait entier UFA 200 (40%). Les cabris atteignent leur poids idéal de 5-9,8 kg en dix à douze semaines (dans la mesure du possible avant Pâques) et sont alors commercialisés par Proviande.

Les chèvres laitières sont traites de début février à la fin novembre. La traite se déroule dans ce qui était précédemment l’étable entravée des vaches laitières. L’ancien canal à lisier a été transformé en fosse de traite, ce qui permet de travailler confortablement. L’installation de traite GEA permet de traire huit chèvres à la fois. Magrit Schärer trait ainsi ses 80 chèvres en 1h15 environ. Les Schärer livrent chaque année près de 70 000 kg de lait de non ensilage à cinq acheteurs différents, qui le transforment en fromage au lait cru et en diverses autres spécialités. Les Schärer ne disposant pas de contrat de livraison de lait, ils livrent leur lait à plusieurs acheteurs. En plus de cela, les Schärer congèlent chaque année quelque 16 t de lait qu’ils livrent pendant les mois où la production de lait frais est faible (décembre et janvier). Jürg Schärer se charge des livraisons de lait. «Livrer autant d’acheteurs constitue parfois un véritable défi. Les acheteurs bénéficient par contre aussi de notre flexibilité: le lait que nous congelons nous permet en effet d’être toujours en mesure de livrer du lait de chèvre en cas de besoin», explique l’éleveur. Le prix moyen du lait de chèvre avoisine 1.20 fr./kg.

La famille Schärer espère beaucoup que la demande en lait de chèvre se maintiendra dans les années à venir et qu’elle pourra continuer à bien commercialiser son lait. Le site sur lequel l’exploitation est implantée ne permet pas de développer cette branche d’activité. Or l’effectif animal actuel implique déjà d’utiliser tout le bâtiment. L’activité agricole pratiquée à titre accessoire est un enrichissement pour toute la famille, à plus d’un titre et pas seulement pour des raisons financières. Tous les membres de la famille s’impliquent passionnément au sein de l’exploitation, qui dégage ainsi un revenu annexe correct.

En bref

• Les chèvres choisissent ce qu’elles ingèrent et réalisent ainsi des performances laitières plus élevées. Il convient d’en tenir compte dans le plan d’affouragement.  • Il faut être prêt à accepter des restes élevés à la crèche, de l’ordre de 20%.  • La phase de démarrage et les deux derniers mois de lactation sont des phases critiques.  • Idéalement, il faudrait créer des groupes de performance en cours de lactation et durant les deux derniers mois de gestation (naissances multiples toxicose de gestation).  • La consommation de MS des chèvres est limitée et n’offre que peu de marge de manœuvre pour procéder à des adaptations au niveau de la ration.  • Les cabris d’engraissement devraient atteindre un poids d’abattage de 5 à 9,8 kg (meilleurs prix).

AuteursHans-Ueli Baumgartner, spécialiste petits ruminants et porcs au service technique UFA, 5703 Seon; Sandra Frei, Revue UFA, 3360 Herzogenbuchsee

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