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Production animale

Bien réussir le sevrage des porcelets bio

En production porcine bio, l’élevage des porcelets représente un défi important. La phase délicate au cours de laquelle le porcelet est séparé de la truie entraîne souvent des chutes de performance et des pertes d’animaux. Une alimentation et une gestion optimales sont décisives pour gérer avec succès la phase critique qu’est le sevrage.

Pour que les porcelets d’élevage soient en bonne santé et qu’ils grandissent bien, il est primordial de bien les soutenir pendant la phase de sevrage.

Pour que les porcelets d’élevage soient en bonne santé et qu’ils grandissent bien, il est primordial de bien les soutenir pendant la phase de sevrage.

(Photo: Eva Studinger)

Publié le

Spécialiste du porc, UFA AG

Pour les porcelets, la phase de sevrage précédant le commencement de la vie sans la mère est semée d’embûches. Après la naissance, la digestion des porcelets est axée sur le lait. En ingérant une ration appropriée, les animaux apprennent à vivre avec de la nourriture solide et sans lait. Le changement brusque d’alimentation marqué par le passage à une ration exempte de lait maternel confronte les animaux à des grandes difficultés et peut entraîner des problèmes de digestion et de diarrhée. En plus de cela, la mère n’est plus là pour rythmer l’ingestion alimentaire de ses porcelets. Les repas sont moins nombreux mais plus conséquents. Il peut s’ensuivre une surcharge de l’appareil gastro-intestinal, ce qui finit par occasionner des problèmes digestifs. Par ailleurs, en l’absence de lait maternel, la source habituelle de consommation de liquide fait défaut. S’ensuit alors un affaiblissement du système immunitaire des porcelets.

Outre le passage à l’alimentation solide, d’autres changements sont une source de stress supplémentaire pour les porcelets : la séparation involontaire de la mère est douloureuse pour eux et les déstabilise. Le nouvel environnement qui découle du changement de porcherie et le contact avec les nouveaux congénères engendrent un stress psychique et physique, en raison des luttes hiérarchiques et d’une pression de germes accrue. Il convient d’adapter au mieux ces facteurs aux animaux, en prenant des mesures pour garantir que la phase de sevrage se déroule correctement.

Conseils santé

  • Une habituation précoce à l’alimentation solide favorise une bonne digestion 
  • Une diminution du stress lié au mode de détention a un effet bénéfique sur la défense immunitaire 
  • Les remèdes alternatifs doivent être utilisés de manière ciblée​

Changements d’alimentation progressifs

Bien préparer les porcelets à leur ration a un impact décisif sur leur état de santé. L’objectif consiste à ne pas stresser l’appareil digestif et ses enzymes, en l’habituant progressivement à l’aliment solide. Il est particulièrement important de veiller à des transitions douces entre les phases. En bio, les directives favorisent ces processus. La durée d’allaitement minimale de 42 jours octroie aux porcelets une plus longue période pour s’adapter à leur nouveau mode d’alimentation et pour développer leur système immunitaire. Cela implique toutefois d’utiliser un aliment starter à un stade précoce après la naissance. Mélanger l’aliment d’élevage à l’aliment starter avant le sevrage ou une semaine après assure une transition progressive. Proposer en plus de la terre à fouiller favorisant le comportement de fouille des animaux concourt à une bonne transition du lait à l’aliment solide. Après le sevrage, l’alimentation doit être répartie en trois à cinq repas par jour. Une distribution fréquente et rationnée augmente l’attrait de la ration et contribue à empêcher une phase de faim.

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Dès l’âge d’une semaine, il est primordial de commencer à distribuer aux porcelets un aliment de démarrage pour porcelets, en plus du lait maternel.

(Photo: Eva Studinger)

On évite ainsi que les porcelets mangent trop à la fois. Par ailleurs, les éléments nutritifs dont les germes coliformes ont besoin font défaut. Outre l’habituation correcte à l’aliment en vue de renforcer le système immunitaire des porcelets, le libre accès à de l’eau fraîche et, idéalement, tempérée, joue un rôle essentiel dans la prévention des maladies. D’autres mesures de gestion du troupeau contribuent à ce que le sevrage se déroule bien. Le stress psychique et physique occasionné après le sevrage peut être réduit en mettant les porcelets en contact, dès la phase d’allaitement, avec les congénères avec lesquels ils seront placés en groupe ultérieurement. Cela peut par exemple se faire par des mises bas groupées, l’allaitement en groupe ou au sein de l’abri à porcelets. Après le sevrage, il faut impérativement veiller à ce que les porcelets disposent d’une aire de repos sèche, recouverte de litière et exempte de courants d’air. L’aire de repos doit être équipée d’un chauffage et afficher une température constante variant entre 20 et 25° C. Il y a lieu d’analyser régulièrement comment les animaux se couchent afin d’augmenter la température au sein de l’aire de repos lorsque les porcelets se blottissent les uns contre les autres. Il faut également veiller à ce que l’air se renouvelle bien dans la porcherie et qu’il soit exempt de poussière.

Tout essayer

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Katrin et Urs-Peter Wymann dans leur exploitation de mise bas bio à Grünenmatt

(Photo: Eva Studinger)

La famille d’Urs-Peter et Katrin Wymann gère depuis quatre ans son élevage porcin selon les directives Bio Suisse, dans le cadre d’un des ring de mise bas bio. Auparavant, elle produisait selon les directives CNf. Outre des porcs, les Wymann élèvent 18 vaches laitières. Le couple Wymann réfléchissait depuis quelques années déjà à la reconversion à l’agriculture biologique. La création du premier ring de mise bas bio par UFA et Anicom a permis de saisir cette opportunité. L’aire de sortie a été le changement le plus important. Pour le reste, les Wymann n’ont pas eu besoin de modifier énormément de choses. La porcherie de mise bas jouxtant directement la porcherie d’élevage sur un côté, une aire de promenade n’a été construite que pour la moitié des 16 box. C’est la raison pour laquelle les truies et leurs porcelets changent de porcherie trois semaines après la mise bas et disposent dès ce moment-là d’une aire de sortie. Pour la famille Wymann, il s’ensuit cependant une charge de travail supplémentaire, car toutes les quatre semaines, huit truies rejoignent l’exploitation de monte. Ces box sont lavés avant que les huit autres truies y soient transférées. Ensuite, les box vides sont également lavés.

Lorsque les porcelets ont une semaine environ, l’éleveur les habitue à leur nouvelle ration en distribuant un aliment de démarrage devant le nid à porcelets. Dès l’âge de quatre semaines, les porcelets reçoivent leur aliment dans une auge remplie deux fois par jour. « L’aliment doit toujours être frais car dès qu’il sent la porcherie, les porcelets ne le consomment plus aussi bien », explique Katrin Wyman, qui est principalement responsable des travaux de porcherie. La porcherie d’élevage compte 135 places réparties en six box. Au moment du sevrage, les porcelets sont répartis dans des groupes en fonction de leur développement et de leur taille.

Interrogée sur ce qui constitue le plus grand défi dans l’élevage de porcelets en bio, Katrin Wymann répond de la manière suivante : « Le sevrage constitue vraiment un énorme défi car les additifs à base d’acides sont interdits en bio, contrairement à ce qui est le cas en conventionnel. » La famille Wymann a donc testé de nombreuses autres solutions. Un mélange contenant l’aliment pour porcelet, de la terre à fouiller, du charbon végétal et l’aliment spécial sevrage UFA 391 soutenant les porcelets avec des bactéries lactiques et des vitamines est distribué à l’automate sept jours avant la mise bas et pendant les dix jours qui la suivent. Cette manière de procéder doit contribuer à réduire le risque de diarrhée. Jusqu’à maintenant, la famille Wymann a fait de bonnes expériences avec cette méthode.

Les éleveurs misent aussi sur des produits préventifs. « Lors du sevrage, je recours parfois à des produits homéopathiques », affirme Katrin Wymann. « Nous testons régulièrement des solutions qui nous permettent de sevrer les porcelets avec succès et de les maintenir en bonne santé. » Selon elle, l’effet de ces produits est difficile à évaluer car de nombreux autres facteurs jouent un rôle. Kathrin Wymann est néanmoins convaincue de leur effet sur la santé animale.

Selon Urs-Peter Wymann, l’eau et la température à la porcherie sont deux aspects essentiels. La porcherie des Wymann est relativement ancienne et n’est par conséquent pas très bien isolée. A cause de cela, la porcherie est chauffée à environ 25° C au cours des premiers jours suivant le sevrage. Les nids à porcelets sont par ailleurs équipés d’une lampe chauffante car les porcelets ne doivent pas perdre de la chaleur lorsqu’ils sont couchés. Les Wymann veillent à ce que l’eau soit fraîche et propre avec un débit suffisant (mais sans que la pression soit trop élevée), pour que les porcelets puissent consommer suffisamment de liquide.

Alternatives aux antibiotiques

Il n’est pas toujours indispensable d’utiliser des antibiotiques. En intervenant à temps, par exemple en présence de fèces liquides, des décoctions à base d’herbes aromatiques ayant un effet bénéfique sur la digestion permettent par exemple de soutenir les porcelets avant que les germes pathogènes ne prennent le dessus dans l’appareil digestif. Plusieurs exploitations utilisent aussi des remèdes homéopathiques. L’efficacité de ces remèdes implique toutefois des porcelets vigoureux ainsi que des diagnostics clairs et sûrs de la part du vétérinaire. Avant tout traitement homéopathique, il y a donc lieu d’analyser la gestion du troupeau avec le vétérinaire et, le cas échéant, d’optimiser la situation.

Pour que la phase critique que constitue le sevrage puisse être gérée de manière optimale et pour réduire les pertes animales, il y a lieu d’habituer les porcelets très tôt à leur ration et de prendre toutes les mesures de gestion de troupeau améliorant le bien-être des animaux. Il n’existe pas de solution toute faite : chaque exploitation a ses spécificités dont il faut tenir compte lors des décisions qui sont prises en vue d’une production porcine bio réussie. 

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