En bref
- La maladie de l’œdème, qui se manifeste notamment par des boursouflures au niveau des paupières et du front, est de retour.
- Un dépistage précoce est crucial, car la maladie évolue vite et le pronostic est défavorable chez les animaux gravement atteints.
- En prévention, il est possible de vacciner des porcelets allaités, recourir à des acides spécifiques et adapter l’alimentation.
Les bactéries E. coli peuvent provoquer de nombreuses maladies chez les porcs. Leurs manifestations typiques sont la diarrhée des porcelets (allaités et sevrés) ainsi que la maladie de l’œdème. Il y a quelques années, cette maladie avait pratiquement disparu de Suisse. C’est que dans les lignées Premo, la sélection avait été ciblée sur la résistance à cette affection, permettant d’atteindre cet objectif dès 2017. Dans le même temps, il est apparu que lesdites lignées étaient plus sensibles au syndrome intestinal hémorragique (SHI). A la demande des engraisseurs·euses, on a davantage recouru à la génétique des races piétrain et duroc. Cependant, comme tous les verrats de ces races ne transmettent pas la résistance à l’œdème, la maladie réapparaît désormais plus fréquemment.
De la pleine forme à un état critique
Typiquement, ce sont les animaux bien développés consommant beaucoup de nourriture qui tombent malades. Les porcelets sevrés sont les plus fréquemment touchés, mais les porcs à l’engrais le sont aussi de plus en plus. Dans certains cas isolés, il en va de même des porcelets allaités, à partir de la troisième semaine de vie. Le tableau clinique n’est pas toujours clair, mais les symptômes typiques permettent souvent d’établir un diagnostic présumé dans la porcherie déjà. Les signes caractéristiques sont des œdèmes dans les parties du corps suivantes : paupières, front, paroi gastrique, paroi de la vésicule biliaire et cordes vocales (entraînant une toux et des cris rauques eux aussi typiques). A cela s’ajoutent des œdèmes cérébraux qui provoquent des troubles du système nerveux central et peuvent se manifester par des mouvements désordonnés, des animaux immobiles couchés sur le flanc, voire une mort subite.
La toxine produite par E. coli F18 engendre la maladie de l’œdème.
Disséquer pour plus de clarté
La dissection à la ferme ou l’envoi d’animaux entiers à un laboratoire de pathologie permettent d’établir un diagnostic fiable. Il est possible de confirmer le diagnostic en prélevant des échantillons de fèces dans l’intestin grêle ainsi qu’en examinant les organes ou tissus concernés (y c. détection de la bactérie E. coli F18 et de la shigatoxine typiquement produite par celle-ci).
Réagir sans attendre
Le traitement nécessite une intervention rapide. En concertation avec un cabinet vétérinaire, un antibiotique approprié doit être administré sous forme de traitement de groupe par voie orale. Les animaux qui ne s’alimentent plus doivent être traités par injection avec un antibiotique efficace contre E. coli, sachant que ceux dont l’état général est fortement altéré ont un mauvais pronostic.
Vacciner, une mesure efficace
La prophylaxie, qui commence dès la mise bas, repose sur une approche globale combinant une alimentation adaptée, une gestion rigoureuse de la porcherie, la réduction des facteurs de stress, la sélection génétique et, au besoin, la vaccination. La génétique résistante à l’œdème (A / A) – c.-à-d. avec une résistance homozygote transmise à toute la descendance – n’est pas encore disponible à grande échelle. En attendant que cela soit le cas, les porcelets allaités peuvent être vaccinés très efficacement en une seule injection à partir du quatrième jour de vie afin d’assurer une immunisation active. Avant le dixième jour de vie, les porcelets allaités devraient être familiarisés avec un aliment solide afin de faciliter la transition. Le passage de l’aliment pour porcelets allaités à l’aliment de sevrage devrait s’effectuer sur au moins trois jours, idéalement avant le sevrage. La transition entre l’alimentation d’élevage et l’alimentation d’engraissement doit également se faire progressivement.
Des acides après le sevrage
Après le sevrage, recourir à des acides aide à abaisser le PH stomacal et à réduire ainsi de manière ciblée la présence d’E. coli (p. ex. boisson gazeuse au cola ou acides organiques, souvent utilisés à cette fin). De plus, pendant les dix premiers jours, la nourriture doit être répartie sur toute la journée et donnée en quantités rationnées afin de solliciter le tube digestif de manière régulière ; s’agissant de l’aliment de sevrage, il doit présenter une teneur réduite en protéines brutes d’environ 15% et une teneur en cellulose brute de 6 % à 8 %, afin de favoriser le péristaltisme intestinal et d’obtenir des effets prébiotiques. Dans le même temps, il convient de garantir en tout temps un approvisionnement en eau optimal. Afin de réduire le stress, il est en outre recommandé d’élever les porcelets en petits groupes avec des aires d’alimentation en nombre suffisant. De plus, les animaux malades doivent être systématiquement isolés et la salle de sevrage doit être gérée selon le principe des lots distincts « tout dedans, tout dehors ». De même, elle doit être régulièrement nettoyée et désinfectée. Enfin, un climat bien contrôlé dans l’étable, avec des températures comprises entre 25° C et 27° C, complète les mesures prophylactiques.
Entretien
La résistence génétique en ligne de mire
Quelle est la situation actuelle en matière de génétique résistante A / A (résistance homozygote) ?
Dans les stations d’insémination, nous avons la chance d’avoir, dans certaines races, uniquement des verrats résistants homozygotes (A / A), et ce, depuis plusieurs années déjà. C’est le cas pour les races landrace suisse et grand porc blanc suisse ainsi que la lignée Premo. Nous partons donc du principe qu’une grande partie des jeunes truies suisses dans les exploitations sont (A / A). Chez les porcs duroc, environ 48,5 % des verrats de la station d’insémination artificielle sont actuellement homozygotes (A / A), 43 % sont hétérozygotes résistants (A / G) et près de 8,5 % sont homozygotes sensibles (G / G). Chez les animaux de race piétrain, 64 % des verrats sont actuellement (A / A) et le reste (A / G).
Quels sont les défis actuels ?
En raison des changements dans les parts de marché des races paternelles ces dernières années, nous constatons que la maladie de l’œdème est de nouveau un sujet important. Les agricultrices et agriculteurs doivent de nouveau se pencher sur les mesures prophylactiques, telles que l’alimentation et la vaccination, afin de prévenir cette affection. Les porcelets allaités et les porcs à l’engrais sont également de plus en plus touchés. Il est intéressant de noter que les changements pathologiques ne sont plus toujours les mêmes qu’auparavant.
Quelles mesures sont actuellement prises par les fournisseurs de génétique pour continuer à développer la résistance génétique chez les races duroc et piétrain ?
Grâce au typage systématique des races duroc et piétrain depuis 2025, nous pouvons axer la sélection sur des animaux résistants plus tôt. Comme nous maîtrisons bien le degré de consanguinité, nous pouvons désormais renoncer à l’importation de génétique étrangère pour la race duroc et l’élever de manière autonome en Suisse. Pour la race piétrain, l’importation depuis notre programme d’élevage bavarois restera nécessaire.








