La fécondité est un pilier central de la production laitière, car elle est décisive dans la régularité de la gestation et du vêlage des vaches. La période d’intervêlage, c’est-à-dire l’intervalle entre deux vêlages (IVV), sert ici d’indicateur important. Pendant longtemps, l’idéal était d’avoir un veau par vache et par an. Aujourd’hui, il s’avère toutefois que la période d’intervêlage optimale peut varier d’un animal à l’autre et d’une exploitation à l’autre. En effet, des facteurs tels que la persistance, l’état de santé, le rendement laitier, la condition corporelle et l’alimentation déterminent la stratégie la plus adaptée, de même que les caractéristiques de l’exploitation (p. ex. alpage ou organisation du travail).
Pour une production allant jusqu’à environ 9000 kg de lait par an, une période d’intervêlage courte d’environ 340 à 370 jours apporte souvent la meilleure marge brute. De fait, des vêlages plus fréquents signifient plus de lactations, plus de veaux et une utilisation élevée des places dans l’étable. Cependant, le stress autour du vêlage et de la phase de transition augmente également, avec un risque plus important de problèmes de métabolisme et de santé.
Avec des productions laitières supérieures à 10 000 kg par an, l’optimum purement économique des périodes d’intervêlage se déplace : celles qui sont prolongées de 401 à 430 jours peuvent être avantageuses si la persistance est élevée. Une génétique adéquate est déterminante sur ce plan. En inséminant plus tard, l’apport énergétique des animaux est généralement assuré, ce qui peut améliorer le succès de l’insémination. Cependant, une attention particulière devrait être accordée à la condition corporelle vers la fin de la lactation, car les vaches tendent à accumuler de la graisse durant cette phase. Une ration contenant assez de glucides et de protéines rapidement disponibles permet de contrer cet effet.
Les deux modèles, qu’il s’agisse d’un intervêlage court ou long, fonctionnent dans la pratique. Les périodes d’intervêlage longues sont plus intéressantes sur le plan économique, surtout en cas de performances élevées et de bonne persistance. Cependant, des périodes d’intervêlage plus courtes peuvent être tout aussi efficaces si l’alimentation, la condition physique et la gestion de la phase de transition sont bien mises en œuvre.
Retours du terrain
Une période d’intervêlage courte grâce à une gestion de l’alimentation renforcée
Pirmin et Adrian Rogger traient environ 85 vaches holstein avec deux robots. Avec une moyenne de troupeau de 12 482 kg et une période d’intervêlage de 381 jours, l’exploitation atteint des IVV bas sans viser spécifiquement cet objectif. En règle générale, les vaches entrent en chaleur pour la première fois environ 30 jours après le vêlage. Deux à trois cycles plus tard, c’est-à-dire déjà à partir d’environ 70 jours après le vêlage, elles sont saillies. « Si les vaches présentent bien les chaleurs et que l’utérus est en bon état, je ne vois aucune raison d’attendre », déclare Pirmin Rogger. Pour lui, l’un des avantages réside dans le fait que grâce à une période d’intervêlage plus courte, les vaches n’accumulent pas de graisse en excès. De ce fait, il y a moins de problèmes de métabolisme et de santé autour du vêlage ainsi qu’au début de la lactation.Ce système repose sur une ration mélangée de fourrage sec, luzerne, ensilage d’herbe ou de maïs (épis et plantes entières) et pulpe de betterave. Pendant la phase tarie, elle est diluée avec de la menue paille, à laquelle on ajoute des sels acides pour prévenir la fièvre de lait. Ainsi, les animaux vêlent bien, ingèrent rapidement une grande quantité de MS et sont vite en chaleur. Le plus grand défi est d’assurer une alimentation stable en continu. Un approvisionnement énergétique sûr et une bonne gestion des phases taries sont cruciaux pour un métabolisme, une fécondité et une condition physique équilibrés.
Retours du terrain
Une période d’intervêlage prolongée grâce à une persistance élevée
Chez Samuel Haslebacher, environ 65 vaches holstein et red holstein sont traites avec un robot, produisant 11 000 kg de lait (par vache et par an) avec un IVV volontairement prolongé de 429 jours. Ce système fonctionne parce que les vaches, surtout les primipares, produisent du lait de manière persistante et que les performances sont encore élevées en fin de lactation. Pour l’alimentation, un mélange comprenant foin, ensilage d’herbe et de maïs, pulpe de betterave et malt est distribué. Les vaches taries sont mises au pâturage en été et reçoivent en hiver un mélange ad hoc (foin, ensilage de plantes entières, ensilage d’automne et un peu de maïs). Les premières chaleurs surviennent en général env. 60 jours après le vêlage, mais l’insémination a lieu 2 à 3 cycles plus tard. Les animaux à haut rendement ne sont parfois pas saillis avant le 150 e jour. « Depuis que nous inséminons un peu plus tard, la fécondité s’est améliorée », dit l’agriculteur. Les primipares en particulier ont des persistances élevées et produisent parfois même des volumes croissants de lait en cours de lactation. « Il faut tirer le lait tant qu’elles le donnent », résume-t-il. Pour lui, le plus grand défi reste le risque d’accumulation excessive de graisse vers la fin de la lactation. Pour prévenir ce phénomène, les vaches qui engraissent rapidement sont inséminées plus tôt.









