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Production végétale

De l’utilité des jachères florales

Une jachère florale pluriannuelle offre un habitat idéal aux auxiliaires et constitue ainsi une surface de promotion de la biodiversité (SPB). La préparation du sol avant le semis détermine le succès ou l’échec de la jachère. Une fois en place, la jachère passe par trois phases.

Les tiges sèches offrent aux insectes un abri pour l’hiver.

Les tiges sèches offrent aux insectes un abri pour l’hiver.

(Michael Burri)

Publié le

Responsable de produit fleurs sauvages, Semences UFA

En bref

– Les jachères florales sont des surfaces pluriannuelles recouvertes de fleurs des champs ainsi que de plantes rudérales, de prairies ou de lisières.
– Le cycle de vie d’une jachère florale se divise en trois phases.
– Reliant différents milieux naturels entre eux, ces surfaces de promotion de la biodiversité offrent des sources de nourriture, des abris ainsi que des lieux de nidification pour les animaux et les insectes.
– Le succès de la jachère florale dépend du soin avec lequel le sol est préparé.

Ces vingt dernières années, la biodiversité a beaucoup reculé, y compris dans les régions de grandes cultures. De nombreux oiseaux nicheurs vivant dans les terres agricoles sont menacés, et des plantes sauvages typiques des grandes cultures se retrouvent sur liste rouge. Par ailleurs, la biomasse et la diversité des insectes ne cessent de diminuer. Or parmi ces insectes se trouvent des alliés pour lutter naturellement contre les ravageurs dans les grandes cultures (biodiversité fonctionnelle).

Pourtant, les terres assolées ont de quoi favoriser la biodiversité : elles se trouvent dans des régions au climat favorable, où s’épanouissent de nombreuses espèces animales ou végétales qui se sont même spécialisées en s’adaptant spécifiquement à ce milieu. En plus de la nourriture, celles-ci ont impérativement besoin de refuges pour hiverner et s’abriter. Les SPB pluriannuelles, qui restent en place durant l’hiver, sont une bonne solution pour leur offrir ce dont elles ont besoin.

Cycle d’une jachère florale

Les jachères florales sont des SPB pluriannuelles composées de fleurs des champs ainsi que de plantes rudérales, de prairies ou de lisières. Ces SPB sont semées soit sur une parcelle entière, soit sur des bandes de terres assolées. Elles restent en place entre deux et huit ans, voire plus si le canton octroie une autorisation en ce sens.

Le cycle de vie d’une jachère florale est divisé en trois phases. (1) Durant la première année, le couvert est principalement constitué de plantes messicoles annuelles (bleuet, pavot, nielle des blés). (2) Les plantes rudérales et les fleurs des prés, telles que les marguerites, les centaurées et les molènes, n’apparaissent que durant les deuxième et troisième années ; il s’agit de la phase où la jachère est la plus luxuriante. (3) Les années suivantes, les plantes vivaces poussant en lisière, comme la tanaisie commune, le millepertuis perforé ou encore la cardère sauvage, prennent le relais ; durant cette dernière phase, la densité des fleurs diminue au profit de l’enherbement, mais la jachère garde sa structure principale. Elle sera bientôt remise en culture.

Exigences envers le site

Choisir le bon site est déterminant pour la réussite future de la jachère florale. Pour mettre toutes les chances de son côté, on privilégiera les surfaces sèches, ensoleillées et perméables. En revanche, les parcelles humides, tassées, ombragées et tourbeuses sont à éviter. Il en va de même pour les sites infestés d’adventices problématiques très concurrentielles (chardon, rumex, liseron, chiendent), lesquels intensifient le travail d’entretien. Par ailleurs, il vaut mieux éviter d’avoir une prairie artificielle comme précédent cultural, en raison des quantités importantes d’azote libérées et du risque de repousses. En outre, les jachères florales semées le long de routes très fréquentées ne sont pas optimales car elles représentent un danger pour les animaux (hérissons, lièvres, grenouilles, etc.). A l’inverse, les jachères florales situées entre des surfaces de production agricole et reliant ces dernières entre elles sont très précieuses.

Les jachères florales font le lien entre différents milieux naturels.

Travail soigneux du sol

Au moment du semis, le lit de semence doit être propre et bien rappuyé. Un premier travail du sol (à 20 - 25 cm avec la charrue ou le chisel) doit être effectué en profondeur le plus tôt possible, idéalement à l’automne précédant le semis, mais au minimum quatre semaines avant de semer. On passe d’abord avec la charrue, puis avec la herse. Commence alors la chasse aux adventices : dès que la surface verdit, la végétation spontanée est détruite en surface (avec un vibroculteur ou une herse rotative peu profonde). A chaque nouveau travail du sol, la profondeur est réduite. La veille du semis, la croûte superficielle est encore ameublie. Le semis a lieu sur un sol ressuyé en avril, voire mi-mars sur les sols lourds qui subissent une forte pression des adventices germant avec la chaleur (millet, galinsoga, amarante). Les graines sont semées en surface – et non enfouies, car elles ont besoin de lumière pour germer – avec un semoir Krummenacher ou même à la main sur les petites parcelles. On roule ensuite sur toute la surface avec un rouleau Cambridge. Les semis d’automne sont déconseillés, car ils présentent souvent moins de fleurs et ont tendance à s’enherber plus rapidement.

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Il arrive souvent que des variétés rares et oubliées germent sur des champs en jachère.

(Michael Burri)

Couper ou ne pas couper ?

En ce qui concerne l’entretien, une règle prévaut : couper le mal à la racine. La lutte contre les adventices vivaces telles que le rumex, le chiendent ou le chardon doit commencer le plus tôt possible et être menée en continu. Une coupe de nettoyage pendant l’année du semis réduit les espèces annuelles présentes ; il vaut donc mieux y renoncer. A partir de la deuxième année, une coupe d’entretien est autorisée hors période de végétation, tout en sachant que chaque coupe favorise l’enherbement. Combinée à un travail léger du sol, elle permet de valoriser le couvert végétal. Cependant, les surfaces non travaillées sont tout aussi qualitatives. Par ailleurs, exploiter plusieurs anciennes jachères florales dans une même exploitation permet d’avoir les meilleurs résultats.

Des habitats pour les auxiliaires

Les nombreuses fleurs d’une jachère florale offrent pollen et nectar aux insectes durant toute la période de végétation. Les tiges des plantes sont, quant à elles, l’endroit idéal pour que les papillons, les sauterelles, les araignées et les syrphes pondent leurs œufs. En outre, la structure de la jachère florale offre aux lièvres des refuges et des lieux de nidification parfaits. Sans parler des oiseaux typiques des grandes cultures, tels l’alouette des champs, le tarier pâtre ou la fauvette grisette, qui s’y reproduisent. Par ailleurs, en hiver, grâce aux nombreuses semences qu’elles recèlent, les jachères florales offrent suffisamment de nourriture aux oiseaux hivernants.

Exploiter plusieurs anciennes jachères florales dans une même exploitation permet d’avoir les meilleurs résultats.

Dans tous les cas, les jachères font le lien entre différents milieux naturels, ménagent le sol et préviennent l’érosion. De plus, les surfaces fleuries égaient le paysage et font le bonheur des promeneurs et promeneuses, attirant ainsi la sympathie de la population à l’égard de l’agriculture suisse. Enfin, elles sont aussi intéressantes du point de vue financier, car elles donnent droit à une contribution de 3800 fr./ha. 

Grâce au niveau de disponibilité 3 des directives bio, les semences conventionnelles pour les jachères florales sont aussi autorisées en agriculture biologique.

Pourquoi les jachères florales sont-elles d’actualité ?

En vertu de l’ordonnance sur les paiements directs, à partir du 1 er janvier 2024, toutes les exploitations en zone de plaine ou de collines avec plus de trois hectares de terres assolées devront avoir des SPB représentant au moins 3,5 % des terres ouvertes de l’exploitation. A cet égard, les jachères florales sont particulièrement intéressantes.

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