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Vie quotidienne

L’agriculture dans le désert

Voyage des lecteurs·trices de la Revue UFA aux Emirats arabes unis du 11 au 19 février 2025.

L’agriculture dans le désert

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Comment l’agriculture peut-elle fonctionner dans un pays désertique, voire se développer ? C’est à cette question que les participant·es au voyage des lecteurs·trices de la Revue UFA aux Emirats arabes unis (EAU) ont cherché à répondre. Les EAU sont le pays des superlatifs : là où, il y a 25 ans encore, s’étendait le désert et où les habitant·es des côtes vivaient de la plongée perlière et d’une agriculture modeste, se dressent aujourd’hui des villes ultramodernes. Les EAU disposent des sixièmes plus importantes réserves de pétrole au monde. La richesse du pays se reflète notamment dans un taux d’imposition nul (soit 0 %). De même, les citoyen·nes de nationalité émiratie reçoivent de l’Etat un terrain en cadeau lors de leur mariage, et des aides financières généreuses sont accordées pour la construction d’une maison individuelle. Les coûts des autorités administratives sont financés par des taxes et des redevances, principalement par la taxe sur l’alcool, qui s’élève à 30 %.

1er jour – Arrivée à Dubaï

A près de sept heures de vol de la Suisse se trouve la métropole multiculturelle de Dubaï, qui compte plus de trois millions d’habitants. Sur les plus de dix millions d’habitant·es que comptent au total les EAU, 85 % sont des travailleurs·euses migrants. Le tourisme constitue une source de revenus importante pour ce pays. C’est pourquoi, à Dubaï, environ 550 litres d’eau par personne et par jour sont nécessaires. Or, dans les états désertiques, l’eau est généralement une ressource rare. Aux EAU, 70 installations de dessalement produisent à l’échelle nationale environ 4,3 milliards de litres d’eau dessalée. A cela s’ajoute le pompage des eaux souterraines. Les eaux usées sont traitées et alimentent, par des systèmes d’irrigation au goutte-à-goutte, les parcs et les espaces verts. En outre, la technique dite de l’ensemencement des nuages (« cloud seeding » en anglais) est pratiquée : des molécules de sel sont dispersées dans les nuages depuis des avions afin de provoquer des précipitations.

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Vue du Dubaï

2e jour – Vieille ville de Dubaï, marché aux épices, souk de l’or, spectacle aquatique au pied du « Burj Khalifa »

Lors d’une courte promenade dans le quartier historique d’Al Bastakiya, nous découvrons les subtilités de la cérémonie du café. Nous prenons ensuite un bateau-taxi pour nous rendre au marché aux épices et au souk de l’or. Le soir, nous soupons dans un restaurant offrant une vue splendide sur le gratte-ciel Burj Khalifa, où nous assistons à un spectacle eau et lumière accompagné de musique.

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Marché aux épices de Dubaï

 

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Burj Khalifa by night

3e jour – Gratte-ciel Burj Khalifa, ferme chamelière, grande mosquée

C’est au pied de l’un des plus grands centres commerciaux du monde que se dresse la tour « Burj Khalifa », haute de 828 mètres. A une vitesse de 10 mètres par seconde, l’ascenseur nous conduit jusqu’au 124e étage, d’où nous profitons d’une vue imprenable sur la métropole – une expérience inoubliable ! Nous visitons ensuite la plus grande ferme de lait de chamelle des EAU. Comptant 700 employé·es, l’exploitation transforme deux fois par jour le lait d’environ 4000 animaux. Elle exporte ses produits dans le monde entier sous la marque « Camelicious ». Contenant supposément des anticorps contre diverses maladies, le lait de chamelle est considéré comme un aliment très sain. Par ailleurs, comme les molécules de graisse et de protéines diffèrent de celles du lait de vache, il est bien toléré, même par les personnes allergiques au lait. Selon la saison, une chamelle produit en moyenne 7 à 10 litres de lait. Les femelles, qui atteignent la maturité sexuelle vers l’âge de 3 ans, sont gestantes de mi-septembre à mars, sachant que la gestation dure treize mois. Après la naissance, les petits restent avec leur mère pendant 40 jours. Ils sont ensuite placés dans des enclos séparés, tout en conservant un contact visuel et olfactif. Avant la traite, on laisse le petit téter sa mère et prendre 1 à 2 litres de lait. Une chamelle peut être gestante environ 8 fois au cours de sa vie, dont l’espérance est de 20 à 25 ans.

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Ferme chamelière

« A Abou Dhabi se trouve la richesse, à Dubaï, l’économie et le développement », nous explique notre guide Mohamed. Cette richesse, nous la percevons dans toute sa splendeur lors de la visite de l’imposante mosquée Sheikh Zayed : elle compte parmi les édifices les plus impressionnants des EAU.

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Mosquée Sheikh Zayed

4e jour – Clinique pour faucons, ferme hydroponique

Aux EAU, les faucons sont à la fois des animaux de compagnie et des animaux symbolisant un certain statut social. Selon leur race et leur couleur, leur prix peut aller jusqu’à plus de 200 000 dollars américains. Ces animaux disposent même d’un passeport dans lequel sont consignées leurs données personnelles. La chasse au faucon étant interdite dans ce pays depuis 1993, les propriétaires et leurs faucons voyagent avec Emirates Airlines dans d’autres pays comme le Kazakhstan. Le faucon dispose alors de son propre siège et voyage en première classe. Trois fois par an, ses griffes doivent être taillées ; cette opération se fait notamment dans la clinique pour faucons que nous visitons. Les animaux y sont sédatés, les griffes sont coupées et leur état de santé général est contrôlé. Les plumes abîmées sont remplacées et celles qui manquent sont ajoutées sans difficulté. Trois salles d’opération et une équipe d’urgence sont disponibles 24 heures sur 24. Ce sont ainsi chaque année 10 000 à 11 000 faucons qui y sont traités. Si le propriétaire n’a pas le temps de venir chercher son animal, une chambre d’hôtel pour faucons est disponible sur le site. Pour les séjours prolongés, un hébergement en groupe dans une volière de vol libre est également proposé.

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Visite de la clinique pour faucons

Les EAU affichent actuellement un taux d’autosuffisance d’environ 42 % et œuvrent à l’augmenter. A ce jour, quatre exploitations en hydroculture sont en activité, un système cultural qui nécessite 70 % d’eau en moins. Nous visitons la plus ancienne ferme en hydroculture du pays : en activité depuis 2005, elle emploie 21 personnes et couvre une superficie de 7,5 hectares (et prévoit de s’étendre à 32 hectares). Nous apprenons que l’eau est gratuite et l’électricité, subventionnée par l’Etat. Sur place, on produit principalement des salades et des herbes aromatiques. Les semences proviennent d’Egypte et d’Afrique du Sud, la technologie, des Pays-Bas et la laine de roche utilisée pour faire germer les graines, de Pologne. Les semences sont semées à la main ; après la germination, les plantons sont installés soit en plein champ, soit sous serre (le plus souvent climatisée), dans des tubes à travers lesquels circule le substrat. Les plantes sont récoltées manuellement (avec la motte racinaire) après environ 45 jours et les excédents sont compostés. Les produits sont ensuite vendus aux supermarchés et aux hôtels.

5e jour – « Jardin des miracles », haras et ferme laitière

Nous découvrons l’univers floral du Dubai Miracle Garden, le plus grand jardin de fleurs du monde. Le parc, d’une superficie de 7,2 hectares, abrite 150 millions de fleurs, façonnées en châteaux, maisons grandeur nature et autres compositions.

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Dubai Miracle Garden

Charjah, notre prochaine étape, était, jusqu’au milieu des années 1950, l’émirat le plus important. En raison de réserves pétrolières relativement modestes, il n’a toutefois pas pu suivre le rythme de croissance d’Abou Dhabi et de Dubaï. Sur les 272 hectares du haras Sharjah Equestrian & Racing Club, qui emploie 415 personnes, sont élevés de nobles chevaux arabes, principalement destinés à des concours équestres. L’insémination artificielle y est pratiquée, sachant qu’une dose coûte entre 600 et 100 000 dollars américains. Ce prix peut même atteindre 300 000 euros pour les animaux particulièrement prestigieux. Les chevaux sont évalués par cinq juges selon des critères tels que l’encolure, l’allure, la tête, le dos et la prestance. Actuellement, le haras abrite environ 1200 chevaux. Un programme de bien-être complet leur est proposé : deux à trois séances hebdomadaires en piscine, une plateforme vibrante pour les articulations et les muscles, un marcheur aquatique avec de l’eau jusqu’aux genoux, ainsi que des lampes chauffantes et des bains rafraîchissants.

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Elevage chevalin

A Fujaïrah, nous visitons la ferme laitière Rumailah, fondée en 2017, qui compte plus de 300 vaches jersey. Ces dernières sont nourries avec de l’alfalfa (un type de luzerne) importée d’Inde, ainsi que de soja et de maïs. Les vaches sont logées dans des étables climatisées à une température comprise entre 18 °C et 20 °C ; le jeune bétail est réparti par groupes d’âge. En plein été, une halle d’exercice climatisée est mise à disposition. Actuellement, 60 vaches sont traites deux fois par jour, avec un rendement moyen de 6200 litres par période de lactation. L’insémination artificielle est pratiquée avec de la semence sexée et les vêlages sont échelonnés. Le lait cru est refroidi à 0 °C, pasteurisé, contrôlé puis mis en bouteille. La ferme produit également du beurre, du ghee, du laban et de la glace.

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Ferme laitière

6e jour – Ferme biologique, palmeraie de dattiers et marché aux chameaux

Depuis les années 1970, de nombreuses zones désertiques ont été transformées en terres agricoles grâce à une irrigation systématique. Dans les régions riches en eaux souterraines autour d’Al Ain et dans le massif du Hajar, l’agriculture et l’élevage ont été pratiqués de tout temps. Nous visitons la plus grande ferme biologique privée des EAU, qui recouvre 25 hectares et compte 200 employé·es. Depuis 2016, plus de 50 variétés de légumes y sont cultivées et fertilisées au moyen de compost ainsi que de fumier (lui-même issu des 35 000 poules de l’exploitation). Quant au désherbage et à la récolte, ils sont effectués à la main. Les légumes poussent en cultures associées et le sol est partiellement recouvert d’un film plastique blanc pour protéger les cultures des mouches. Pour lutter contre les ravageurs, une huile extraite des graines du margousier (arbre de neem) est utilisée en mélange avec du vinaigre, de l’ail et des oignons. L’eau, gratuite, provient d’un barrage et est acheminée par des conduites souterraines ; elle est également issue des eaux souterraines, qui sont désormais pompées à une profondeur de 200 mètres. Les cultures sont irriguées au moyen d’un système goutte-à-goutte. L’exploitation vise à s’agrandir pour atteindre 100 hectares. Le sol étant salin, trois années de préparation sont nécessaires avant toute première mise en culture.

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Ferme biologique aux EAU

Les EAU comptent environ 42 millions de palmiers-dattiers, qui représentent près de 57 % de la production agricole. A Al Ain, nous visitons une oasis de dattiers. Nous assistons à une démonstration spectaculaire : des ouvriers escaladant les troncs des hauts palmiers à une vitesse étonnante. L’eau est distribuée à travers des canaux en pierre appelés « aflaj », un système d’irrigation arabe traditionnel.

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Palmeraie de dattiers

Au marché aux chameaux, nous apprenons ce qui distingue un chameau et ce qui rend un tel animal plus attrayant que les autres. Ce marché propose également d’autres animaux à la vente (chèvres, vaches et moutons). Nous y observons les échanges commerciaux et le marchandage entre acheteurs et vendeurs – une scène fascinante.

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Marché aux chameaux

7e jour – Partie moderne de Dubaï, safari dans le désert

Sous une légère pluie (!), nous entamons notre tour à travers les quartiers modernes de Dubaï. Si celle-ci ne compte que de faibles réserves pétrolières (seulement 3 % des EAU), elle génère 11 % du produit intérieur brut (PIB) du pays. Parmi les temps forts de notre visite figurent le port de plaisance ultramoderne de Dubaï, ses impressionnants gratte-ciel ainsi que l’emblème de la ville, à savoir la tour Burj Al Arab, un hôtel sept étoiles en forme de voile.

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Dubaï moderne

Nous visitons encore l’île spectaculaire de « Palm Jumeirah ». Cette île artificielle, qui s’étend sur 560 hectares, a nécessité à elle seule deux années de travaux de remblayage. Elle se compose de trois parties : le « tronc » (long de quatre kilomètres et large de 600 mètres), les « palmes » (reliées avec le tronc pour former une structure unique en forme de palmier) ainsi que le « croissant de lune », qui entoure le « palmier » pour le protéger de la houle lors de tempêtes. La base du palmier est reliée au continent par un pont de 300 mètres de long. Au total, on estime qu’environ 200 millions de mètres cubes de sable et de roches ont été nécessaires pour sa construction.

Pour conclure la matinée, nous nous baladons à travers le Souk Madinat Jumeirah. En fin de journée, nous grimpons à bord de véhicules tout-terrain pour un safari dans le désert, au cours duquel nous traversons les dunes à vive allure. Le soir, nous savourons un souper agrémenté d’un spectacle réunissant danseuses du ventre, derviches tourneurs et jongleurs.

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Safari dans le désert

Le lendemain, vers midi, nous reprenons l’avion pour rentrer en Suisse.

 

Qui vit voit beaucoup, qui voyage voit davantage.

(proverbe arabe)

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