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Gestion

La taille de l’exploitation : une question de gestion

Avec ses 825 ha, l’exploitation agricole de l’établissement pénitentiaire de Witzwil est la plus grande de Suisse. La taille, les conditions de propriété, ainsi que le mandat visant à occuper des détenus sont à la fois une chance et un défi en matière de gestion.

Sur la grande exploitation de Witzwil, Johannes Knöpfle est responsable de la culture et de l’entreposage des plantons de pommes de terre. Les exigences...

Sur la grande exploitation de Witzwil, Johannes Knöpfle est responsable de la culture et de l’entreposage des plantons de pommes de terre. Les exigences élevées en matière de qualité impliquent un tri manuel de la récolte, un travail intensif réalisé par les détenus.

(Photo: Renate Hodel)

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L’exploitation agricole de l’établissement pénitentiaire de Witzwil, dans le canton de Berne, emploie une soixantaine de personnes. Le responsable du domaine « agriculture » supervise trois équipes, soit un total de 22 collaborateurs. Ce sont les maîtres de travaux. L’équipe de travail « animaux » s’occupe des vaches, des chevaux et des porcs ; l’équipe « culture des champs » est chargée de toutes les cultures, y compris du moulin de l’établissement ; l’équipe « pommes de terre », qui produit principalement des plantons, gère la halle d’entreposage où sont aussi stockés les semenceaux de pommes de terre de tiers. Chaque équipe a un responsable qui planifie et coordonne les travaux.

La gestion et l’encadrement des détenus font la particularité de cette exploitation. En effet, 40 détenus travaillent au sein des différentes équipes et sont affectés à des tâches en fonction de leurs capacités et de leur résistance.

« Nous avons besoin de travaux abordables pour les personnes à capacités plus limitées. »

Johannes Knöpfle, responsable de secteur

Agriculture et exécution des peines

« L’exploitation est très bien équipée, ce qui permet de la faire tourner sans aide extérieure malgré sa taille », explique Johannes Knöpfle, responsable du secteur Pommes de terre. « Mais en raison de sa taille, nous avons évidemment besoin de personnel auxiliaire, et dans notre cas particulier, ce sont justement les détenus », poursuit l’agronome.

Si de nombreux travaux des champs sont réalisés mécaniquement, les secteurs des animaux et des pommes de terre seraient presque impossibles à exploiter sans l’aide des détenus. En outre, l’occupation de ces derniers fait explicitement partie du mandat de l’exploitation agricole, ce qui influence l’orientation et la gestion de l’exploitation.

Modernité et travail manuel

« Lors de la fenaison, nous veillons à faire la plus grande partie du travail à la main. Nous rentrons le foin avec l’autochargeuse et les détenus le font passer dans deux souffleurs à la fourche », précise Johannes Knöpfle. C’est une manière de promouvoir concrètement le travail manuel, qui est même beaucoup plus rapide qu’une griffe. « Nous avons besoin de travaux abordables pour les personnes à capacités plus limitées. » Le soin des poules pondeuses en fait par exemple partie. Il s’agit de vérifier que les animaux ont de la nourriture et de l’eau, de récolter les œufs, de les nettoyer et de les mettre dans des boîtes à la main. « Toutes ces activités permettent de remplir le mandat », estime l’agronome.

Besoin de coordination

L’exploitation de plusieurs centaines d’hectares demande beaucoup de planification et de coordination. Chaque semaine, les responsables des secteurs se réunissent avec le responsable du domaine pour discuter des travaux à effectuer : « A cela s’ajoute l’intégration de la main-d’œuvre auxiliaire, qui n’est pas formée et présente des exigences spécifiques, ce dont il faut tenir compte dans la planification du travail », développe Johannes Knöpfle. En parallèle, l’exploitation doit respecter ses contrats et ses engagements, comme ceux avec SEMAG. « Nous devons éviter les conflits d’intérêts et pouvoir gérer les interruptions imprévues », ajoute-t-il.

Exploitation agricole de l’établissement pénitentiaire de Witzwil

  • Exploitation : 825 ha exploités selon les PER (y compris 110 ha d’alpage sur le Chasseral, où 140 à 150 animaux sont estivés chaque été), soit environ 200 ha de céréales, 150 ha d’herbages, 50 ha de maïs, 40 ha de colza, 25 ha de betteraves sucrières, 20 ha de pommes de terre, 15 à 20 ha de pois protéagineux, de tournesols et d’autres cultures spéciales, 70 ha de prairies extensives comme surfaces écologiques.
  • Animaux : 90 vaches laitières avec remonte, 70 vaches allaitantes et bovins à l’engrais, 9 chevaux de trait et une septantaine de poulains d’élevage, 30 truies élevées en plein air, 500 porcs à l’engrais, et prochainement 200 poules pondeuses ainsi qu’une vingtaine de ruches.
  • Commercialisation : des plantons de pommes de terre et un peu de semences de céréales sont produits pour SEMAG, le lait est livré à Aaremilch AG, les bovins et les porcs sont transformés par la boucherie de l’établissement et livrés avec d’autres produits (œufs, légumes, pommes de terre, lait, etc.) à la cuisine de l’établissement et au magasin de ferme.

A la fois une chance et une contrainte

Contrairement à d’autres exploitations agricoles, à Witzwil, la mise en œuvre de nouvelles idées demande plus de patience, car il est nécessaire de clarifier préalablement avec les autorités cantonales si les différents projets sont vraiment souhaitables. « Les investissements s’inscrivant dans un plan quinquennal, nous devons planifier longtemps à l’avance », explique Johannes Knöpfle. « Si nous voulons transformer des bâtiments, cela doit d’abord passer par tous les rouages administratifs. La construction de la nouvelle étable à veaux a ainsi pris une dizaine d’années. »

D’un autre côté, en raison de sa taille et du type de propriété, l’exploitation dispose de tout l’espace nécessaire pour apporter des nouveautés, comme tester de nouvelles cultures. « C’est déjà la quatrième saison que nous cultivons près d’un demi-hectare de riz irrigué. Cela marche très bien, c’est excellent pour les détenus et c’est même intéressant économiquement », souligne Johannes Knöpfle. 

Portraits d’exploitations

En 2022, dans le cadre d’une série d’articles, le LID (Service d’information et de communication agricole) présente des exploitations agricoles suisses exceptionnelles. Ces exploitations occupent de nouvelles niches ou relèvent de nouveaux défis.

Soutien et conseils concernant le travail de relation publique et le contact avec la clientèle sur www.lid.ch ➞ Bauern (en allemand uniquement).

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