Le pH du rumen d’une vache en bonne santé se situe dans une fourchette allant de neutre à légèrement acide. En fonction de la ration, la digestion des aliments génère différents acides gras en quantités variables, qui peuvent faire baisser le pH de la panse et le déséquilibrer. Pour éviter une acidification excessive, la vache dispose d’un système tampon naturel. Elle produit à cet effet de grandes quantités de salive : pour une consommation d’environ 20 kg de matière sèche (MS), cela représente environ 100 à 200 l de salive par jour. Celle-ci contient des phosphates et des hydrogénocarbonates d’un pH de 8,2, qui neutralisent les acides produits dans la panse. Pour favoriser ce processus, il faut une ration sèche, grossièrement structurée et adaptée aux ruminants.
Une acidité excessive nuit à la panse
Si le rumen se suracidifie malgré tout, on parle alors d’acidose ruminale d’origine alimentaire ou environnementale. Dans le cas d’une acidose aiguë, une grande quantité d’acide (principalement lactique) est produite en peu de temps. Cette situation entraîne une forte baisse du pH dans la panse et une destruction massive de la flore ruminale. La paroi ruminale s’enflamme alors, ce qui entraîne la formation d’ulcères et de fissures. Les bactéries et les toxines pénètrent dans la circulation sanguine par la paroi endommagée et causent d’autres lésions dans l’organisme. On prévient l’acidose aiguë en évitant les changements brusques d’alimentation et en utilisant avec précaution les composants riches en amidon.
Un excès d’amidon et une carence en cellulose brute augmentent le risque d’acidose.
Une vache sur trois à quatre touchée
Outre la forme aiguë, il existe également une acidose ruminale subaiguë. Des études montrent qu’elle touche une vache laitière sur trois ou quatre. Dans le cas d’une acidose subaiguë, le pH ruminal est, par définition, inférieur à 5,6 pendant plus de trois heures par jour. Cette forme de maladie est souvent due à une ration contenant trop de glucides facilement digestibles et trop peu de cellulose brute. Des rations trop finement hachées, une grande quantité d’herbe jeune ou d’ensilage de maïs ainsi que des apports élevés en concentrés en sont des exemples typiques. Cette situation entraîne une production accrue d’acides gras volatils tels que l’acide propionique et l’acide butyrique dans le rumen. Le risque augmente lors d’un changement d’alimentation. Sont notamment concernés les animaux durant la phase de transition, au moment du passage à l’entrée en lactation, ainsi que les vaches en première lactation qui reçoivent pour la première fois une ration riche en énergie. Le stress thermique peut également favoriser une acidose ruminale. En effet, lorsque les températures dépassent 20 °C, la vache respire plus vite et rejette davantage de CO 2 . En réaction, l’organisme élimine davantage de bicarbonate ; parallèlement, les animaux mangent moins, réduisant d’autant la production de salive. Ces deux facteurs affaiblissent la capacité de la vache à tamponner les acides dans le rumen. Dans les phases critiques, il est possible de prendre des mesures pour contrer ce phénomène en mélangeant la ration de manière homogène, en distribuant la nourriture plusieurs fois par jour et en garantissant un nombre suffisant de places à la crèche. Selon la situation, il peut aussi être judicieux d’utiliser de manière ciblée des substances tampons.
Adapter les tampons à la situation
S’agissant des substances tampons, ce qui importe avant tout, c’est leur capacité de dissolution et la quantité d’acide qu’elles peuvent neutraliser. Le bicarbonate, déjà mentionné, agit très rapidement car il est finement structuré et très soluble dans l’eau ; il possède en outre une grande capacité tampon. Cependant, il est également rapidement consommé, de sorte que le pouvoir tampon peut être épuisé avant même que le pH ne se stabilise dans la plage optimale. C’est pourquoi on utilise des substances tampons supplémentaires, telles que le carbonate de calcium (chaux). Selon sa granulométrie, celui-ci agit rapidement ou lentement. Quant à l’oxyde de magnésium, il s’agit d’un tampon à action lente, qui possède théoriquement le pouvoir tampon le plus élevé. Dans la pratique, il peut cependant arriver que, selon la granulométrie, son action soit trop lente et qu’il n’ait pratiquement aucun effet stabilisateur sur le pH ruminal. Ainsi, le moyen le plus efficace de compenser une acidification excessive du rumen consiste à combiner différentes substances tampons. La capacité des vaches à tamponner les acides dans la panse s’évalue toujours au niveau du troupeau ou d’un groupe. A cet effet, les questions déterminantes sont les suivantes : les vaches effectuent-elles plus de 55 mouvements de rumination par minute ? Les fèces sont-elles fermes et exemptes de fourrage non digéré ? Le rapport matières grasses / protéines (RGP) dans le lait est-il supérieur à 1 ? La productivité évolue-t-elle de manière constante ? A long terme, un pH ruminal stable contribue à réduire les cas de boiterie, à maintenir la fécondité des vaches et à diminuer la fréquence des maladies non spécifiques. Le pH ruminal reste stable lorsque la ration est adaptée, que la gestion est correcte et que des substances tampon sont utilisées de manière ciblée. Intervenir tôt permet d’éviter que la productivité laitière et la santé des animaux en pâtissent. En période de canicule notamment, les tampons peuvent non seulement corriger le pH, mais aussi contribuer de manière préventive à maintenir l’équilibre de la panse.









