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Vie quotidienne

La culture des champs hier, aujourd’hui et demain

En Suisse, comme l’ensemble de la production agricole, l’exploitation des champs est en profonde mutation. L’avenir appartient au «paysan numérique», dit-on. Les agriculteurs sont partagés à ce sujet: si certains craignent que les nouvelles technologies les éloignent de la nature et de leur métier, d’autres y voient de grandes opportunités et un allégement de leur travail.

Le district d’Affoltern en 1956 : les céréales étaient encore chargées à la main sur le char à pont, un travail éprouvant. Le tracteur était cependant l...

Le district d’Affoltern en 1956 : les céréales étaient encore chargées à la main sur le char à pont, un travail éprouvant. Le tracteur était cependant le tout dernier modèle de l’époque: un McCormick Farmall Diesel.

(ETHZ pics Comet)

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Journaliste agricole indépendant

Que cela plaise ou non : la révolution est en marche. Dans l’agriculture, on recourt à la numérisation là où elle offre des perspectives. Des logiciels de gestion d’exploitation sont déjà largement employés. Des robots effectuent la traite des vaches sans intervention humaine. Des drones équipés de caméras ou de matériel de mesure survolent les champs et repèrent localement des carences d’après les couleurs observées. Des images prises par satellite permettent aussi de détecter des zones problématiques.

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2006: un pas de géant dans l’agriculture – une moissonneuse-batteuse John Deere 1170, près d’Emmen (LU). Elle accomplit en quelques minutes ce qui nécessitait autrefois de longues journées de travaux manuels.

(Karl Horat)

Des travaux des champs jadis fastidieux

Marlis Stehli a grandi dans le district d’Affoltern, près de Maschwanden (ZH): «Enfants, nous devions toujours aider à la ferme», se rappelle-t-elle. «L’arrivée de la moisson-neuse-lieuse dans les années 50 a été une fête. Un peu comme par magie, cette machine fauchait les céréales puis rassemblait et liait les tiges pour former des gerbes qu’elle déposait ensuite sur le champ. Auparavant, la confection des gerbes était une tâche longue et pénible. Les céréales fauchées devaient être alignées correctement afin que tous les épis soient dirigés dans le même sens pour pouvoir former les gerbes. Nous dressions ces gerbes comme des poupées. Le grain pouvait ainsi sécher. Plus tard, elles étaient chargées sur un char à pont et emmenées dans la grange. Durant l’hiver, le blé était battu dans une machine.»

La moissonneuse-batteuse: un pas de géant

Le travail était encore plus pénible il y a un siècle. L’unité de surface appelée «pose» représentait la superficie de terrain qui pouvait être travaillée en un jour. Différente d’une région à l’autre, elle se situait entre 2500 et 3600 m 2. C’était l’objectif que l’on s’efforçait d’atteindre, depuis le petit matin jusqu’au soir, lorsqu’on labourait, hersait ou semait, ou lorsqu’on fauchait à la faux, qu’on formait des gerbes ou qu’on engrangeait. Les céréales étaient battues à la main avec des fléaux, puis il fallait séparer le grain de la balle par tamisage.

Tout cela nécessitait beaucoup de bras, mais la main-d’œuvre était à l’époque encore peu coûteuse. Beaucoup de sueur avait coulé avant qu’un sac de céréales trône enfin dans la grange. La paille n’était pas un déchet. Elle était utilisée comme litière et pour garnir les matelas. Elle servait aussi à couvrir les toits. La loi sur l’assurance-incendie, entrée en vigueur en 1865, ainsi que l’introduction, dix ans après, de primes publiques encourageant les couvertures en tuiles, ont fait disparaître les toits en paille. Dans le canton d’Argovie, des familles trouvèrent un autre débouché pour la paille : la confection de chapeaux, source de revenu supplémentaire. Pour réaliser un chapeau à bord large, il fallait environ 30 m de bandes de paille tressée, cousues ensemble puis pressées avec de la vapeur pour leur donner leur forme définitive.

L’arrivée des premières moisson-neuses-batteuses, dans les années 70, a représenté un progrès majeur. Celles-ci ont permis d’augmenter considérablement les performances et la productivité. La seule condition était que les céréales devaient être vraiment mûres et sèches. Le travail qui nécessitait autrefois une journée était exécuté en quelques minutes. Cette énorme machine accomplissait tous les travaux en circulant sur le champ: faucher, trier les épis et les battre. Le grain était séparé de la balle par une soufflerie. Des tonnes de grains propres se retrouvaient alors dans la trémie, en l’espace d’une heure et non plus d’une journée.

Production végétale sur les grandes exploitations d’aujourd’hui

Un drone survole lentement le champ; concentré, l’agriculteur dirige l’appareil. Cet engin volant est comme ses yeux: il peut contrôler le champ, relever des données spatiales et même rapporter quelques épis pour les examiner. Des capteurs transmettent des données sur la température, l’humidité, le pH et la teneur en nutriments de la récolte. L’agriculteur peut ainsi décider s’il veut commencer à récolter et envoyer les moissonneuses-batteuses automatisées, guidées par GPS et équipées d’un pilotage automatique. Les données du système satellite permettent à ces gigantesques machines de se diriger au centimètre près. Les voies de passage peuvent même être légèrement décalées à chaque fois, afin d’éviter un compactage trop important du sol.

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L’avenir est déjà en marche. Au Brésil, on expérimente le «Hands-Free-Farming»: l’agriculteur de demain dirige depuis un écran des machines autonomes sur d’immenses champs.

(AFS)

La culture des champs de demain devant un écran

Bien que dans les grands pays producteurs comme les Etats-Unis, le Canada, le Brésil ou l’Australie de telles machines autonomes ou se-mi-autonomes soient déjà utilisées, que des drones soient employés pour épandre des produits de traitement et que la gestion automatisée des silos soit déjà une réalité, ces technologies sont encore pour certaines très loin de conquérir l’agriculture helvétique.

En Suisse, les volumes de production sont trop faibles et la topographie trop irrégulière pour amortir ces modèles américains. En raison des coûts d’investissement et de la taille plutôt restreinte des parcelles, le recours à la technologie par satellite incluant la gestion des données en temps réel sur les tracteurs et les moissonneuses devrait surtout entrer en ligne de compte pour les entreprises de travaux agricoles. L’utilisateur doit aussi investir du temps afin d’acquérir de la pratique et de maîtriser cette technique complexe. Aux Etats-Unis, les grands groupes de machines agricoles proposent des systèmes intégrés « tout en un », comprenant l’entretien des machines, la comptabilité, le budget et l’optimisation de la productivité.

Peut-être observera-t-on une évolution semblable à celle qu’a connue autrefois Marlise Stehli, les générations futures s’étonnant alors de la manière arriérée et peu dynamique dont l’agriculture actuelle était pratiquée. 

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