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Production animale

Comment calculer l’empreinte carbone de mon lait ?

Le commerce de détail, les transformateurs et la société s’intéressent de plus en plus à l’empreinte carbone du lait. Grâce au calculateur climatique de l’Interprofession du lait (IP Lait), les productrices et producteurs de lait peuvent déterminer euxmêmes cette valeur, gratuitement et directement dans le gestionnaire d’exploitation numérique Barto.

Sascha Andrist montre les données collectées par le calculateur climatique via les interfaces et celles qu’il saisit lui-même.

Sascha Andrist montre les données collectées par le calculateur climatique via les interfaces et celles qu’il saisit lui-même.

(Nicole Matt)

Publié le

Actualisé le

Rédactrice, Revue UFA

Dans le bureau de l’étable de Sascha Andrist à Gurtendort (BE), l’ordinateur est allumé. En quelques clics, le calculateur climatique de l’Interprofession du lait (IP Lait) apparaît à l’écran dans Barto. L’agriculteur fait défiler les données de son exploitation et, à la fin, le calculateur affiche le résultat : la quantité de gaz à effet de serre émise par son exploitation pour chaque kilogramme de lait. Le méthane et les autres gaz à effet de serre y sont convertis en équivalents CO2 . « Nous sommes désormais convaincus que l’empreinte carbone deviendra, à moyen terme, un critère de qualité important pour le lait, à l’instar du nombre de cellules », déclare Michael Grossenbacher de l’IP Lait. Mais pourquoi ? Les vaches émettent du méthane (CH4 ) lors de la digestion. Sur 20 ans, ces gaz réchauffent le climat 80 fois plus que le CO2. De plus, les transformateurs et les détaillants se sont engagés à réduire leurs émissions et à respecter des exigences plus strictes sur la publication d’informations en matière de durabilité au sein de leurs chaînes d’approvisionnement. La Confédération souhaite réduire les émissions de gaz à effet de serre de l’agriculture d’au moins 40 % d’ici 2050 par rapport à 1990. Avec son calculateur, l’IP Lait souhaite instaurer une méthode uniforme de calcul de l’empreinte carbone du lait suisse.

Profil de l’exploitation

Sascha Andrist, Gurtendorf (BE)

SAU : 40 ha en zone préalpine, dont 6 ha de céréales panifiables et fourragères (blé, triticale, orge), le reste étant consacré aux cultures fourragères
Cheptel : 50 vaches laitières, de race swiss fleckvieh et jeune bétail
Production laitière : 8000 litres
Calculateur climatique : Premier relevé en avril 2026, pendant la phase de test

Une seule saisie pour une utilisation multiple

Depuis le 1 er juillet 2026, le calculateur de l’IP Lait est disponible dans Barto. En avril, Sascha Andrist a utilisé le calculateur pour la première fois, en collaboration avec un groupe d’agriculteurs·trices, ainsi qu’avec le soutien d’experts d’IP Lait et de Barto. « J’ai pu importer les données relatives à l’exploitation et aux animaux depuis l’interface de la banque de données sur le trafic des animaux et la plateforme bdlait.ch, ce qui a été très simple », explique Sascha Andrist. Il a lui-même recueilli d’autres données, notamment sur l’alimentation, la production laitière, l’électricité et les veaux à l’engrais. Au total, la saisie a duré environ deux heures. Il ne savait pas toujours d’emblée quelle sélection dans le calculateur correspondait à son exploitation, par exemple concernant les données sur les engrais de ferme ou l’électricité certifiée. Dans ces caslà, les spécialistes lui ont apporté leur aide.

Jolanda Soland de Barto met deux avantages en avant : « Les responsables d’exploitation gagnent du temps, car dès le deuxième relevé, le calculateur reprend de nombreuses données de l’année précédente, y compris celles concernant l’alimentation. De plus, la qualité des données s’améliore. »

Confidentialité des données

Face aux craintes de certains chef·fes d’exploitation quant à la divulgation de leurs données, Jolanda Soland répond : « Barto n’a pas accès aux données. » Les données ne sont transmises que lorsque l’exploitation donne son accord pour un usage précis. Barto est certifié en matière de protection des données. Selon l’IP Lait, les résultats du calculateur climatique restent également la propriété des producteurs·trices ; leur partage est facultatif. En toute fin, lorsque l’exploitation transmet ses données dans le projet pilote d’un simple clic, l’IP Lait et les responsables des statistiques y ont alors accès, mais pas avant.

Un levier bien au-delà de l’alimentation

L’additif alimentaire Bovaer agit directement au moment de l’alimentation : il réduit de manière avérée les émissions de méthane des vaches. Selon l’IP Lait, outre l’alimentation, c’est surtout la production laitière à vie, le nombre de lactations, la gestion des engrais de ferme et l’efficience de l’exploitation qui influencent cette valeur. Le calculateur de scénarios permet de visualiser l’ampleur de l’impact d’un changement. Sascha Andrist montre à l’écran comment il ajuste certaines valeurs et comment l’empreinte carbone évoluerait en conséquence. Le calculateur ne propose pas de mesures concrètes. L’IP Lait renvoie au « Recueil de mesures pour la protection du climat et l’adaptation au changement climatique » ainsi qu’à la plateforme Agripedia d’Agridea. « Mon principal levier consiste à adapter le cheptel, la génétique et le rendement laitier au site, et à produire autant de lait que possible à partir du fourrage de base », explique Sascha Andrist. Cela correspond à l’expérience d’IP Lait : comme le souligne l’agriculteur, la plupart du temps, la préservation du climat et l’efficience vont de pair.

Qu’est-ce que l’Alliance climatique pour l’alimentation?

Des détaillants, des transformateurs, des organisations de labels, la Fédération des agriculteurs, des associations de défense de l’environnement et des acteurs du commerce agricole ont signé une déclaration d’intention commune intitulée « Alliance climatique pour l’alimentation » en faveur de la préservation du climat dans l’agriculture. Parmi eux figurent Nestlé, Emmi, Coop, Migros, Denner, Aldi, Lidl, IP-Suisse, Bio Suisse, l’Union suisse des paysans (USP), le WWF et fenaco. Les partenaires souhaitent réduire les émissions de gaz à effet de serre pour atteindre zéro émission nette, sans pour autant diminuer la production nationale. Pour cela, ils s’accordent sur des facteurs d’émission calculés de manière uniforme, conformément aux normes de l’initiative Science Based Targets (SBTi), et sur un échange de données standardisé à travers une plateforme neutre. Un modèle de financement vise à garantir que les acheteurs rémunèrent les prestations des producteurs·trices sur le marché, y compris la collecte de données.

Ce chiffre est-il fiable ?

Le calculateur climatique de l’IP Lait correspond largement au calculateur du projet KLIR de la BFH-HAFL, utilisé par plus de 200 exploitations dans le cadre du projet Lait Klima-StaR. Pour KLIR, le professeur Jan Grenz et son équipe ont comparé différentes équations et sélectionné celles qui reflètent le mieux les données de mesure et correspondent à la production laitière suisse. « On peut déterminer de manière fiable si une mesure conduit à des améliorations », explique le professeur. En cas de données extrêmes, par exemple pour l’âge au premier vêlage, un message d’avertissement s’affiche. Les flux de carbone vers et depuis les sols ne sont pas encore représentés, mais le professeur Grenz espère que le calculateur pourra aussi s’en charger à l’avenir.

« Les vaches doivent produire autant de lait que possible à partir du fourrage de base : voilà mon levier principal. » Sascha Andrist, agriculteur

Récompenser les efforts en faveur du climat

Pour que Sascha Andrist continue à alimenter la base de données à l’avenir, il estime qu’une compensation pour le travail fourni serait nécessaire. Fin août, l’IP Lait a décidé de créer un fonds climatique. A compter de 2027, 1 centime par kilogramme de lait du segment A alimentera ce fonds.
Indépendamment de ce fonds, l’IP Lait élabore actuellement un système de rémunération en collaboration avec l’Alliance climatique pour l’alimentation. Cette mesure vise à garantir que les acheteurs rémunèrent les prestations des producteurs·trices sur le marché, y compris la collecte de données. Selon ses propres déclarations, IP Lait a reçu l’assurance que cet argent provient d’une plus-value réalisée sur le marché et qu’il n’affecte pas le prix du lait au niveau de la production.

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