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Production végétale

Des semences fiables ? Un must

Les semences constituent la pierre angulaire de la sécurité de l’approvisionnement alimentaire. Elles sont sélectionnées sur la base de critères stricts, comme en témoigne la certification de celles-ci. Les semences certifiées offrent une garantie de germination, ne transmettent pas de maladies et ne contiennent pas de graines indésirables ; de plus, elles sont plus faciles à semer.

Pour certifier les semences, il est impératif de visiter les cultures en vue de s’assurer qu’il n’y a pas de maladies ou d’impuretés. 

Pour certifier les semences, il est impératif de visiter les cultures en vue de s’assurer qu’il n’y a pas de maladies ou d’impuretés. 

(swisssem)

Publié le

Rédactrice Revue UFA

   

En bref

– Les semences sont importantes pour la souveraineté alimentaire de notre pays.
– Certifier les semences est un processus laborieux impliquant plusieurs institutions qui œuvrent conjointement.
– Les semences certifiées offrent plusieurs avantages : traçabilité, faculté germinative élevée, santé, constance de rendement et adéquation des variétés.
– Nécessitant de l’expérience, la multiplication est un processus plus ardu pour certaines variétés ou hybrides.

Essayez de vous représenter un paysan il y a 200 ans : il plonge sa main dans le sac de semences qu’il vient d’acquérir et y découvre de nombreux cailloux ou autres corps étrangers, ou pire encore, affronte le fait qu’aucune plantule ne perce à la surface du sol des semaines après un emblavement fastidieux. A la lumière de cette expérience, un constat s’impose : les semences fiables sont un bien précieux.

Des certitudes dans des temps incertains

Aujourd’hui comme hier, les semences représentent bien plus qu’un simple intrant pour les agriculteurs·trices. Cette réalité n’est jamais aussi patente qu’en situation de crise, comme lors de la Première Guerre mondiale. Les semences étant la pierre angulaire de la souveraineté alimentaire, à cette époque, il a fallu mieux sécuriser l’accès à celles-ci. C’est ainsi que les scientifiques, les autorités et les paysans décidèrent de fonder conjointement la Fédération suisse des sélectionneurs. Son but était de fournir des semences et des plants en quantité suffisante, en vue d’assurer la production alimentaire indigène. Et effectivement, sous son impulsion, les surfaces dédiées à la culture des céréales et des pommes de terre ont pu être étendues. Cent ans plus tard, le monde a certes changé, mais, au vu des nouvelles crises qui se profilent, la question de la souveraineté alimentaire redevient d’une actualité brûlante. Dans ce contexte, disposer de semences et de plants performants est un gage de sécurité accrue.

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Les plants peuvent être uniquement récoltés dans des champs de pommes de terre exempts de maladies virales et fongiques et où la pureté variétale est garantie. 

(swisssem)

Disposer de semences et de plants performants est un gage de sécurité accrue.

 

Une machinerie bien huilée

En Suisse, la qualité des semences est garantie par un dispositif de certification étatique, impliquant plusieurs institutions qui assument des tâches diverses tout en travaillant de manière imbriquée. Il s’agit notamment de Swisssem, l’association faîtière des producteurs·trices suisses de semences. Ses tâches sont les suivantes : défense des intérêts des producteurs de semences, coordination des opérations de multiplication avec les établissements multiplicateurs (EM) régionaux, organisation et mise en œuvre de l’assurance qualité en collaboration avec la station de recherches Agroscope. Celle-ci sélectionne en collaboration avec Delley semences et plantes SA (DSP), des variétés qui répondent aux besoins du marché ; elle est aussi responsable des essais variétaux. Quant aux organisations de branche que sont swiss granum et swisspatat, elles testent de nouvelles variétés tous les deux ans ; ce faisant, elles évaluent leurs propriétés agronomiques et les comparent avec celles de variétés ayant déjà fait leurs preuves. Sur cette base, elles établissent les listes recommandées des variétés. La multiplication est réalisée par des EM agréés par Agroscope. Avec cette étape, la boucle est bouclée, car les membres des EM ne sont autres que les agriculteurs-multiplicateurs.

Un chemin laborieux jusqu’à l’étiquette rouge ou bleue

Seuls les plants ou semences ayant passé avec succès toutes les étapes de la certification reçoivent la très convoitée étiquette rouge (pour les céréales) ou bleue (pour les pommes de terre). Etant donné qu’ils doivent répondre à des critères stricts, leurs prix sont élevés (cf. graphique). Seuls les producteurs·trices qui ont conclu un contrat avec un EM sont habilités à utiliser le label « semence suisse ». Pour la multiplication, les entreprises concernées doivent acquérir des semences ou plants spécialement prévus à cet effet. Suivant les variétés, ces derniers sont produits ou importés par DSP ainsi que les EM en respectant des exigences encore plus sévères, sachant que celles-ci sont déjà strictes s’agissant des opérations dans les champs (distances d’isolation, pureté variétale, présence de maladies, pression des adventices). Les EM vérifient que les prescriptions sont respectées en visitant les cultures. S’agissant des céréales, ils contrôlent en particulier les aspects suivants : présence de maladies transmises par les semences (p. ex. moisissure de la neige ou charbon nu), pureté variétale, adventices et espèces végétales étrangères. Pour les pommes de terre, ils examinent si des nématodes ou des maladies (bactériennes ou virales) sont présents et si le défanage a eu lieu à temps.

Il incombe aux entreprises de nettoyer méticuleusement les machines destinées à la culture et à la récolte en vue de prévenir les contaminations (auto-contrôle). Cependant, la surveillance ne s’arrête pas là : après la récolte, Agroscope réalise des tests très poussés sur les échantillons prélevés, en suivant les procédures définies dans les normes de l’lSTA (International Seed Testing Agency). Les semences ne sont certifiées que si leur faculté germinative est élevée et que la quantité d’espèces étrangères ne dépasse pas la limite fixée ; en outre, s’agissant des céréales, elles ne doivent pas présenter de sclérotes au-delà du seuil admis.

Les semences ne sont certifiées que si leur faculté germinative est élevée.

 

Remultiplier soi-même ?

Selon Swisssem, en Suisse, la réutilisation de semences issues des récoltes atteint à peine 20 % s’agissant des pommes de terre et est encore plus faible pour les céréales. Ces taux bas s’expliquent surtout par la taille des exploitations suisses : les structures étant petites, les efforts requis pour cette remultiplication n’en valent pas la peine. En effet, un agriculteur qui renonce aux onéreuses analyses de laboratoire requises risque d’avoir des pertes élevées, en raison des maladies, de la prolifération des adventices ou d’une mauvaise levée. De plus, le traitement des semences représente un énorme travail. Réutiliser les semences issues de ses propres récoltes a encore moins de sens s’agissant des variétés hybrides, car elles ne transmettent pas leurs propriétés génétiques à leurs descendants si elles sont multipliées de cette manière. Par ailleurs, les semences certifiées sont obligatoires pour les exploitations participant aux prestations écologiques requises (PER) et fournissant des produits labellisés « Suisse Garantie » ou « IP-Suisse ».

Enfin, il convient de garder à l’esprit ceci : plus le degré de remultiplication est élevé, plus la pureté des semences diminue et la pression des maladies augmente, ce qui peut, à moyen terme, engendrer des problèmes fastidieux et onéreux. 

 

« Bonne situation pour les céréales »

Revue UFA : De quelle manière la production de semences indigènes a-telle changé ?

Christof Rüfenacht : Pendant une longue période, la multiplication des semences et des plantes relevait du domaine de l’Etat et des stations de recherches. Aujourd’hui, cette activité est uniquement de la compétence de l’association des producteurs, ce qui correspond aussi mieux aux attentes actuelles. Si l’on considère les évolutions plus récentes, c’est la disponibilité des producteurs de semences à multiplier certaines espèces qui s’érode.

Comment cette disponibilité a-telle évolué et de quels types de semences a-t-on davantage besoin ?

S’agissant des multiplicateurs de pommes de terre, leur nombre a légèrement reculé. La situation est un peu meilleure pour les céréales (les quantités produites dépassent généralement encore les besoins). Le tableau est un peu différent pour l’épeautre, dont la demande croît d’environ 15 % par an, une tendance qui va se poursuivre. En 2021, cette demande n’a pas pu être couverte et on a dû proposer des semences de secours. Mais cette situation reste en général exceptionnelle.

Quelles plantes sont particulièrement difficiles à multiplier ?

Il s’agit très clairement des pommes de terre ainsi que des hybrides de maïs ou d’autres céréales. Les semences de pommes de terre sont particulièrement ardues à produire en raison des maladies virales, qui affectent fortement certaines variétés demandées sur le marché. Pour lutter contre ce phénomène, il est capital que les distances d’isolation soient suffisantes. Concernant les hybrides de maïs, le semis doit être réalisé de manière échelonnée. Quant aux hybrides d’autres céréales, on sème un mélange avec une lignée pollinisatrice et une lignée porte-graine. Pour gérer ces contraintes, il faut avoir une grande expérience. De même, les légumineuses sont un peu plus difficiles à multiplier en raison de la pression des ravageurs. Quant aux féveroles, elles ne sont plus multipliées, car la pression des insectes est trop forte et les moyens de lutte font défaut.

Quelles sont les semences certifiées qui sont multipliées en Suisse à l’heure actuelle ?

En octobre 2022, la situation est la suivante : en Suisse, 1300 productrices et producteurs multiplient des semences ou plants. Ils produisent pour l’essentiel des céréales et des pommes de terre (en quantités un peu plus réduites par rapport aux céréales). Ils fournissent encore des plantes fourragères (trèfle, graminées, maïs, pois et soja) ainsi qu’une quantité moindre de phacélie et de lin. Depuis 2020, des semences de lupin sont aussi proposées, sachant que la demande pour des sources protéiques de ce type croît.

Pour plus d’informations : www.swisssem.ch / fr

Les fiches d’information de la Revue UFA : www.swisssem.ch / fr / fachbroschueren

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