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Production végétale

Des conditions de récolte difficiles augmentent la présence d’impuretés

Qu’il s’agisse de visites des champs, d’analyses en laboratoire ou de documentation, le service de certification des semences d’Agroscope veille, pour le compte de la Confédération, à ce que les semences de céréales certifiées répondent aux normes de qualité légales. Dans la présente interview, André Stucki explique à quel point cette tâche est exigeante et quels problèmes la récolte 2025 a posés.

Techniquement, il est possible d’éliminer en grande partie les sclérotes d’ergots du lot récolté. Cette opération est plus difficile lorsqu’ils se brise...

Techniquement, il est possible d’éliminer en grande partie les sclérotes d’ergots du lot récolté. Cette opération est plus difficile lorsqu’ils se brisent.

(Carole Parodi, Agroscope)

Publié le

Assistante PM Céréales, Semences UFA

Quelle est la mission du service de certification des semences d’Agroscope ?

En Suisse, la certification des semences relève de la compétence de la Confédération : l’OFAG définit les normes légales et en assume la responsabilité. Sur mandat de l’OFAG, Agroscope gère, sur son site de Reckenholz (ZH), le service de certification des semences, qui met en œuvre le processus et le documente de manière exhaustive. Les normes et les procédures sont harmonisées avec celles de l’Union européenne (UE).Tous les spécialistes impliqués sont agréés par le service de certification, des producteurs·trices aux expert·es de terrain en passant par les échantillonneurs·euses. En collaboration avec Swisssem, Agroscope organise des formations continues. De plus, le centre supervise les infrastructures centrales (traitement, échantillonnage, étiquetage, emballage). Ses tâches sont les suivantes : visite des champs (y c. contrôle ultérieur des cultures), tests en laboratoire et documentation jusqu’aux rapports de certification.

De nombreux rouages doivent s’imbriquer pour que les semences certifiées soient disponibles en temps voulu. André Stucki, responsable de la certification des semences chez Agroscope, donne un aperçu des processus et des obstacles rencontrés lors de la certification 2025.

Revue UFA : Combien de lots de céréales ont été certifiés en 2025 ?

André Stucki : 1409 lots de céréales d’automne provenant de la récolte 2025 ont été certifiés, pour un poids total d’environ 28 959 t.

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André Stucki, responsable de la certification des semences, Agroscope

(màd)

Quelles différences entre la certification des semences de céréales et celle des autres semences agricoles ?

Chaque espèce pour laquelle des semences certifiées sont produites a ses propres normes, qui doivent être respectées lors de la visite des champs et du contrôle des semences. Les céréales d’automne se distinguent toutefois, car il ne reste que peu de temps entre la moisson et le réensemencement. Pour l’orge d’automne, il ne se passe qu’une dizaine de semaines entre la récolte, le traitement, le conditionnement et la vente. Il s’agit d’un délai très court, durant lequel il faut aussi tenir compte de la durée des tests en laboratoire. Avec environ 20 000 t par an, le blé d’automne est de loin le produit le plus important de la campagne semencière. Seule une planification minutieuse et la coopération de toutes les parties concernées permettent de certifier et de commercialiser ces quantités avec succès.

En 2025, quels ont été les problèmes en matière de certification ?

Après une mauvaise moisson en 2024, les stocks de semences du commerce étaient presque épuisés. Il a donc fallu produire beaucoup plus de semences qu’auparavant et, dans la mesure du possible, étendre les surfaces emblavées. Parallèlement, les conditions météo n’ont permis que des fenêtres de récolte très courtes. Cela a sensiblement accru la pression durant la moisson, en particulier sur l’utilisation des machines et le personnel des centres collecteurs. Pour assurer la qualité, il est crucial de régler correctement les moissonneuses et de les nettoyer soigneusement. Mais comme la moisson est souvent réalisée par des tiers, les établissements multiplicateurs n’ont qu’une possibilité de contrôle limitée. La qualité initiale des matières premières est aussi déterminante : des conditions de récolte difficiles peuvent accroître la présence d’impuretés, (p. ex. brisures ou graines d’autres espèces).

Comment percevez-vous les problèmes actuels liés à l’ergot ?

Nous observons une augmentation et surveillons l’évolution des données en permanence. Pour l’ergot, la valeur limite pour la plupart des céréales est de 3 sclérotes par échantillon de 500 g. Dans la certification des semences, l’ergot est donc avant tout une question de pureté technique : si la valeur limite est dépassée, le lot est refusé. Par rapport à la moyenne 2019 - 2024, le pourcentage des lots contenant des sclérotes d’ergot a crû : pour le blé, il était de 4,2 % en 2025 (Ø 1,4 %), pour le triticale, de 9,9 % (Ø 8,2 %) et pour le seigle, de 35 % (Ø 18,4 %). Dans la mesure du possible, nous conseillons le personnel technique chargé de la production. Dans l’épi, les sclérotes de l’ergot sont en général plus gros et plus légers que les grains de céréales. Ils peuvent être facilement séparés lors du battage et dans l’installation de nettoyage. La situation devient critique lorsque le débit de la batteuse est trop élevé : si la pression croît dans le contre-batteur, les sclérotes se brisent et les fragments sont ensuite beaucoup plus difficiles à trier que ceux qui sont intacts.

Comment les maladies fongiques transmises par les semences ont-elle évolué ces dernières années ?

Nous ne renseignons que sur les valeurs qui nous sont légalement transmises (pour les céréales, faculté germinative, pureté technique et présence de graines d’espèces étrangères) ; les maladies transmissibles par les semences n’en font pas partie pour les céréales. Cependant, en 2025, nous avons examiné environ 705 lots (blé, triticale, seigle, épeautre) pour des établissements multiplicateurs privés afin de détecter les maladies fongiques suivantes : carie (ordinaire ou naine, Tilletia spp.) et moisissure de la neige (Microdochium nivale). Pour Tilletia, la valeur limite recommandée est de 10 spores par grain ; en 2025, les échantillons avaient en moyenne 0,1 spore par grain. Aucun lot n’a dépassé la valeur limite pour Tilletia. Pour Microdochium nivale, la limite est de 10 % de grains atteints, la moyenne était de 2,2 %. La limite a été dépassée pour 7 lots, qui n’ont donc été recommandés pour le semis qu’à condition d’être désinfectés. Ces limites sont des recommandations de la Fédération suisse des producteurs de semences et ne font pas partie de la certification des semences.

Quelles conséquences l’usage de semences non certifiées peut-elle avoir sur la production céréalière suisse ?

Les semences certifiées sont contrôlées avant d’être semées et mises sur le marché et garantissent le respect des normes de qualité définies. Elles proviennent d’une variété agréée dont l’uniformité, la stabilité et le rendement ont été contrôlés ; seules les semences certifiées peuvent être commercialisées. Les agriculteurs peuvent reproduire les semences issues de leur propre récolte, mais ne peuvent ni les vendre ni les donner. De plus, le risque d’impuretés (espèces ou variétés étrangères) et de maladies transmissibles par les semences croît. La faculté germinative est souvent inconnue, ce qui complique la gestion des cultures.

Comment vérifier soi-même la faculté germinative des semences de l’année précédente avant le semis ?

Chaque agriculteur ou agricultrice est par principe libre de faire analyser ses semences par un laboratoire accrédité ISTA. Nous analysons aussi des échantillons du commerce des semences et d’autres clients privés. 

Voici le lien vers la vidéo sur la certification des semences chez Agrocope.

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Comment se déroule concrètement la certification des semences ?

Chaque multiplication de semences commence par le choix de la variété et de l’exploitation par un établissement multiplicateur agréé. Lors de l’inscription, les lots de départ et les parcelles sont enregistrés auprès d’Agroscope, ce qui garantit une traçabilité complète de l’origine de chaque lot. Dès le début de la floraison, les peuplements sont contrôlés sur le terrain.

Ces inspections sur pied sont effectuées à 95 % par des experts ou expertes des établissements multiplicateurs (niveaux R1/R2). Ces personnes vérifient l’état des cultures, l’authenticité variétale, la pureté, les distances d’isolement ainsi que la présence de céréales étrangères, d’adventices et de maladies transmises par les semences. Le service de certification contrôle lui-même les cultures de semences de prébase et de base ; des exigences particulièrement strictes sont appliquées pour ces dernières, car elles se situent au début du processus de sélection variétale.

En Suisse, les semences certifiées de première génération (« R1 ») servent également à la multiplication (environ 15 % à 20 % des lots de semences de céréales). Afin de garantir l’authenticité et la pureté variétales, un échantillon de chaque lot est semé dans une culture de contrôle a posteriori, et examiné à nouveau l’été suivant conjointement avec les établissements multiplicateurs.

Après la récolte et le conditionnement, chaque lot est échantillonné, le plus souvent à l’aide de préleveurs automatiques fixes. Cet échantillon représentatif est transmis au service de certification, où le laboratoire d’analyse des semences examine la faculté germinative, la pureté spécifique ainsi que la présence de graines d’espèces étrangères. Pour le soja, des tests supplémentaires portant sur des organismes réglementés non de quarantaine sont effectués (p. ex. Phomopsis).

Une fois que toutes les exigences légales sont respectées, et à cette seule condition, le lot reçoit la décision de certification, avec les indications d’origine et de qualité ; il peut alors être officiellement commercialisé.

Selon quels critères les semences de céréales sont-elles contrôlées et quelles sont les différences par rapport aux normes internationales ?

En Suisse, les semences de céréales sont d’abord contrôlées au champ, puis en laboratoire. Contrairement à l’Union européenne (UE), dans notre pays, les semences certifiées de deuxième génération (« R2 ») sont utilisées comme semences commerciales ; dans l’UE, les semences commerciales relèvent dans la plupart des cas de la catégorie R1. Par ailleurs, les peuplements de multiplication de la catégorie R1 doivent satisfaire à des exigences plus strictes. Ainsi, dans une multiplication de la catégorie R2, une plus grande présence d’adventices, de céréales étrangères et de types non conformes est autorisée que dans l’autre catégorie.  Les établissements multiplicateurs peuvent cependant fixer des exigences plus strictes.

En Suisse, les normes relatives à la pureté, à la faculté germinative et à la présence d’espèces étrangères sont similaires à celles de l’UE pour les semences de la catégorie R2.

Le tableau 1 le montre à l’exemple de l’orge, du blé et de l’épeautre, nos trois principales céréales. En Suisse, le gaillet et la vesce sont en outre considérés comme des adventices spécifiques ; ils sont donc soumis à des valeurs limites plus strictes que dans l’UE. De plus, le contrôle annuel de la faculté germinative n’est pas prescrit par la loi en Suisse, n’étant effectué que sur demande du commerce, alors qu’il est obligatoire dans l’UE. 

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Tableau 1 : Normes des niveaux R1 et R2 pour le contrôle de la qualité des semences en Suisse et dans l’UE.

(Agroscope)

Existe-t-il de nouvelles technologies ou méthodes permettant de rendre le contrôle des semences plus efficient ou plus précis ?

Dans le contrôle des semences, des loupes, des microscopes et des caméras (dont certaines avec analyse multispectrale) aident à contrôler la pureté et la faculté germinative. S’agissant des systèmes automatisés et assistés par l’intelligence artificielle, bien qu’ils soient à l’étude, ils sont pour l’instant peu utilisés, car les importants efforts de calibration requis et l’absence de vastes jeux de données d’images étiquetées ne leur confèrent pas d’efficacité supérieure aux méthodes existantes. Dans les inspections sur pied aussi, de nombreuses technologies sont envisageables (p. ex. drones) ; toutefois, les modèles doivent d’abord être entraînés de manière ciblée conformément aux critères de certification. Car dans ce domaine, il s’agit de trouver « l’aiguille dans une botte de foin » et à ce stade, l’œil humain entraîné demeure la méthode la plus fiable. 

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