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Vie quotidienne

Quand le nouss prend son envol…

Une tige en mouvement, un disque noir qui s’éloigne, plusieurs personnes qui courent à toute vitesse avec des palettes… Ce sport peu banal qui se pratique à Lyss exige une bonne dose d’habileté. Ambiance familiale et grande implication règnent au sein du club de hornuss, notamment dans l’optique de la fête de 2026, qui devrait accueillir des milliers de personnes.

Action-réaction : une fois le nouss lancé depuis le chevalet, les défenseurs·euses tentent de l’intercepter avec leur palette...

Action-réaction : une fois le nouss lancé depuis le chevalet, les défenseurs·euses tentent de l’intercepter avec leur palette en bois.

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Redactrice Revue UFA

 

De prime abord, le chemin qui mène au terrain de hornuss de Lyss n’est guère spectaculaire : un embranchement au rond-point à l’entrée de la commune. Le chemin de gravier débouche bien vite sur le terrain de hornuss. A intervalles réguliers, des panneaux de repère – 9, 10, et ainsi de suite jusqu’à 20 – indiquent la distance parcourue par un nouss. Le terrain s’arrête au numéro 20, à environ 300 mètres. A 18 heures tapantes, l’entraînement commence. Le vice-président du club de hornuss de Lyss, Raphael Steiger, accueille la Revue UFA, expliquant en riant qu’entre joueurs·euses de hornuss, on se tutoie. Les joueurs du club arrivent les uns après les autres, dans une atmosphère bon enfant. « Le hornuss est très familial. Ici, l’union fait la force », explique Raphael Steiger.

« Le hornuss est un sport de performance. »

Raphael Steiger

L’entraîneur répartit les participants en trois équipes. Les batteurs se placent près du chevalet, les défenseurs s’éparpillent sur le terrain. La troisième équipe observera la partie. Puis c’est le coup d’envoi : un sifflement bref et intense – et voilà le nouss qui disparaît du champ de vision. De tous côtés, on s’exclame : « Bien joué ! ». Puis c’est le silence. Tout le monde regarde vers le ciel. Autour de la marque 17, on s’agite. « Le voici ! », crie quelqu’un. Un défenseur lève sa palette, mais le nouss atterrit au-delà de la marque 20. En homme d’expérience, Raphael Steiger explique : « On envoie le nouss le plus loin possible. Les adversaires essaient de l’intercepter avec des palettes. » La distance n’est pas l’essentiel. « La défense pèse plus dans la victoire qu’un nouss lancé très loin. » Pendant une partie, les joueurs passent par toutes les émotions : tension, nervosité, soulagement.

Les origines du hornuss

Mais d’où vient donc ce sport peu commun ? Le hornuss est une tradition helvétique, au même titre que le jodel, les costumes folkloriques, la lutte suisse et le lancer de la pierre. Difficile d’établir précisément son origine exacte. Les premières mentions écrites datent du début du XVII e siècle. A l’époque, ce jeu dominical était parfois vu d’un mauvais œil, car il empiétait sur l’heure de la messe. Il était surtout pratiqué dans l’Emmental, généralement par de jeunes agriculteurs, sur des champs moissonnés. Les règles n’étaient pas fixes, mais convenues avant le début de chaque partie. L’équipe qui s’imposait remportait un bon goûter. A la fin du XIX e siècle, des clubs ont commencé à se former, puis la fédération suisse de hornuss a été fondée en 1902. Depuis, le sport n’a cessé d’évoluer : les tiges ou fouets ne sont plus en bois de saule, mais en fibre de carbone fabriquées par des entreprises spécialisées. Le nouss, désormais en plastique solidifié sous pression, est lui aussi devenu plus résistant. Enfin, une appli a remplacé les tableaux accrochés à un mur pour noter les résultats. « Mais attention, le hornuss reste une vraie bataille, comme autrefois », précise Raphael Steiger en souriant.

Les règles du jeu du hornuss

Sport d’équipe traditionnel suisse, le hornuss est un savant mélange de baseball et de golf. Deux équipes de 16 à 18 joueurs s’affrontent. A tour de rôle, une équipe frappe un palet (le « nouss ») avec une tige flexible (ou « fouet »), tandis que l’autre équipe défend avec des palettes en bois.

Le « nouss » (parfois appelé « frelon » du nom « hornuss » qui désigne cet insecte en allemand), un petit disque en plastique, est frappé aussi loin que possible dans le camp adverse depuis la rampe de lancement (appelée « chevalet » ou « bock »). La distance parcourue par le nouss se traduit par des points pour l’équipe. A l’aide de palettes, l’équipe adverse tente d’intercepter le nouss avant qu’il ne touche le sol. Si elle échoue, il y a « nouss », un fait de match qui peut être décisif : un seul nouss peut en effet coûter la partie.

Un match se compose de quatre manches. En général, l’équipe qui l’emporte est celle qui n’a consenti aucun nouss – ce n’est qu’ensuite que les points rapportés par les disques frappés sont comptabilisés.

La vie du club au fil des générations

Le club de hornuss de Lyss existe depuis 1908. Il compte aujourd’hui 45 membres actifs répartis en trois équipes : une équipe A, une équipe B et une équipe de juniors. Au club, les diverses générations jouent ensemble. Les entraînements ont lieu au moins une fois par semaine, ou plus souvent si nécessaire. La relève, très importante, dispose de sa propre équipe junior. Comme l’indique Raphael Steiger : « Evidemment, il est difficile de rivaliser avec le football ou le unihockey. Nous comptons sur des journées d’initiation et sur le bouche-à-oreille. » Sans compter que bien des joueurs·euses découvrent ce sport grâce à leur famille ou leurs amis. C’est son cas : il a été initié par un camarade de classe. Le hornuss est un sport très technique. Le nouss ne fait que 6 cm de diamètre et 3 cm d’épaisseur. Talent, technique et force mentale sont nécessaires pour le contrôler. Afin d’y parvenir, on entraîne la force et l’endurance, et on opte pour un sport de compensation pendant l’hiver. « Le hornuss est un sport de performance », résume notre interlocuteur. La saison s’étend de mars à octobre. Au printemps, le club met le cap sur le Tessin pour un camp d’entraînement – trois à quatre jours de hornuss, du matin au soir. Certains joueurs·euses mettent l’accent sur la force, d’autres sur la technique. « Les deux aspects peuvent mener au succès – cela dépend souvent de la façon dont on a appris à jouer », fait remarquer Raphael Steiger. De même, l’esprit d’équipe est fondamental : « La confiance fait la différence. » Des joueurs·euses expérimentés dispensent des conseils, observent les lancers, corrigent les postures.

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D’après des calculs de l’EPFZ, le nouss peut atteindre une vitesse de 300 km/h à sa sortie du chevalet.

De grandes fêtes bientôt au programme

Le club est bien ancré dans la commune, à tel point que les fêtes font tout autant partie de la vie du club que l’entraînement ou le championnat. Lors du marché de Lyss (Lysser Märit), les joueurs de hornuss tiennent un stand de sangria : « Il existe depuis si longtemps qu’il fait partie du décor », s’exclame le vice-président du club en riant. En outre, le club a besoin du soutien de sponsors régionaux et même du secteur agricole. Notamment cette année, où les habitant·es de Lyss accueillent les grandes fêtes de hornuss. Environ 3000 joueurs·euses, 164 équipes et jusqu’à 10 000 personnes sont attendus sur deux week-ends. De même, 1100 bénévoles seront mobilisés – beaucoup prendront des jours de congé pour l’occasion. Raphael Steiger souligne : « Nous sommes extrêmement fiers que tout le monde apporte sa contribution. » Des participants prestigieux ont d’ores et déjà annoncé leur venue. Peut-être même que Christian Stucki, lutteur, champion et vice-champion de la fête fédérale suisse sera présent. Cette fête n’est pas qu’une question d’organisation : « Sans les agricultrices et agriculteurs qui mettent leurs terres à disposition, rien ne serait possible », conclut Raphael Steiger. Pour que les parties puissent se disputer sur l’herbe ou les chaumes, les terres arables doivent être planifiées jusqu’à cinq ans à l’avance, et les rotations culturales, adaptées. Les pommes de terre ou autres cultures sensibles sont exclues. Le sol doit être solide, et l’orientation par rapport au soleil adéquate. Les agriculteurs·trices reçoivent une indemnisation pour toutes les personnes qui foulent leurs terres. Il reste encore beaucoup à faire avant la fête. Cela dit, une chose est d’ores et déjà claire : d’abord la bataille entre adversaires sur le terrain – puis la fête tous ensemble. Comme une grande famille.

Pour plus d’informations sur les fêtes de hornuss de Lyss : 15 et 16 août, 22 et 23 août. www.hornusserfeste26.ch (en allemand seulement)

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