Apremière vue, le déroulement semble simple : les chèvres entrent en chaleur à l’automne et mettent bas au printemps. Dans la pratique, une planification plus poussée est nécessaire. D’un point de vue économique, il est en effet intéressant de livrer du lait au cours des mois d’hiver mieux rémunérés, tout en vendant les chevreaux à temps pour Pâques.
Exploiter la saisonnalité des mises bas
La saisonnalité reproductive des chèvres dépend beaucoup de la zone climatique et de la race. Lorsque les jours raccourcissent à l’automne, le corps produit davantage de mélatonine, une hormone qui déclenche la sécrétion des hormones de fécondité. C’est pourquoi les chèvres entrent tout naturellement en chaleur à cette saison. Cependant, cette saisonnalité n’est pas toujours compatible avec les objectifs de production laitière hivernale. Pour induire des chaleurs dès le printemps, il y a lieu de recourir à différentes stratégies (p. ex. programmes d’éclairage, gestion ciblée des boucs ou utilisation de spirales et d’hormones). Cependant, les meilleurs résultats de gestation s’obtiennent toujours avec des chaleurs naturelles. Par ailleurs, la saisonnalité présente l’avantage de concentrer les mises bas sur une période courte. Il est ainsi possible de mieux organiser les différentes phases du cycle de production – tarissement, démarrage et production – et adapter l’alimentation en conséquence. Les chèvres bénéficient alors, à chaque étape, d’une ration adaptée à leurs besoins, ce qui soutient tant leur métabolisme que leurs performances.
L’effet du flushing est plus prononcé chez les chèvres avec un BCS moyen.
Effet de la suralimentation
Pour influencer de manière ciblée la période de chaleurs et améliorer la fécondité, on peut tirer parti de l’effet de la suralimentation temporaire, qui consiste à augmenter à court terme la densité énergétique de l’alimentation. Grâce à l’énergie supplémentaire ainsi obtenue, le taux d’insuline dans le sang croît, favorisant la formation de l’hormone IGF–1 (insulin-like growth factor–1), laquelle accroît à son tour l’hormone de stimulation folliculaire (FSH) et l’hormone lutéinisante (LH). La première soutient la croissance des follicules et la deuxième déclenche l’ovulation, favorisant la maturation des follicules et augmentant les chances de réussite de la saillie. En outre, un approvisionnement en énergie plus élevé permet à l’ovule fécondé de s’implanter plus facilement dans l’utérus. L’effet de cette stratégie est le plus prononcé chez les chèvres dotées d’une note de l’état corporel moyenne (body condition score, BCS). Chez les chèvres maigres avec un BCS inférieur à 1,5 et chez les chèvres grasses avec un BCS supérieur à 4,0, cet effet est plus faible.
Toutes les énergies ne se valent pas
Afin que la suralimentation temporaire ne surcharge pas la digestion des chèvres et favorise le métabolisme de l’insuline, le choix de sources énergétiques adaptées est primordial. Celles qui contiennent beaucoup d’hydrates de carbone rapidement fermentescibles (HCRF ; p. ex. blé ou orge) ne sont pas adaptées à cette phase : une hausse élevée des HCRF élève la vitesse de passage dans la panse, faisant fluctuer le pH et augmentant le risque de diarrhée. Les aliments les mieux adaptés sont les hydrates de carbone graduellement fermentescibles et l’amidon bypass, car ils sollicitent moins fortement la panse. Ce dernier a un effet plus prononcé sur la production d’insuline. Dans la pratique, des aliments complémentaires riches en maïs sont utilisés.
Augmentation en énergie de 20 %
Pour la suralimentation temporaire, il est recommandé d’accroître à court terme l’apport en énergie d’environ 20 %, une stratégie difficile à appliquer en cas d’alimentation intensive. Si les chèvres obtiennent déjà une ration riche en énergie (> 6,4 MJ NEL / kg MS), les exploitations adaptent l’utilisation d’aliments concentrés. De plus, elles remplacent 100 g de concentré protéique par 100 g de concentré énergétique avec une part élevée de maïs. Le surplus d’énergie ainsi obtenu soutient l’effet de la suralimentation temporaire. Pour les rations avec une densité en énergie plus basse (p. ex. ~ 5,5 MJ NEL / kg MS), une alimentation riche en énergie complète la ration de base. Par exemple, 300 g d’aliment complémentaire par jour (7,7 MJ NEL / kg) augmentent l’apport en énergie (~ + 20 %).
Un coup de pouce pour la fécondité
Outre la suralimentation temporaire, le bêta-carotène favorise la fécondité (qualité et développement des follicules et taux d’ovulation améliorés). Un apport accru en minéraux soutient davantage le métabolisme, car les chaleurs sont source de stress, augmentant les besoins en minéraux.









