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Production animale

Lorsque les porcelets présentent des anomalies

Syndrome de l’abduction des membres, hernies inguino-scrotales, hernies ombilicales, atrésies anales : les porcelets ne naissent pas tous sans anomalies. Ces dernières peuvent entraîner la mort des porcelets, compromettre leur commercialisation ou représenter une charge de travail supplémentaire pour l’exploitation. Quelles en sont les raisons et pourquoi un signalement correct dans l’outil de planification pour truies est décisif pour l’élevage ?

Dès la naissance, certains porcelets se distinguent par une malformation.

Dès la naissance, certains porcelets se distinguent par une malformation.

(Nicole Matt)

Publié le

Rédactrice, Revue UFA

Les exploitations porcines sont régulièrement confrontées à ce type d’anomalies. « Chez les porcelets nou-veau-nés, les anomalies correspondent à des défauts, malformations ou troubles congénitaux du développement », explique Thomas Barmettler, vétérinaire chez Suisag. Parmi ces dernières figurent le syndrome de l’abduction des membres, la hernie in-guino-scrotale, la cryptorchidie et l’atrésie anale, présentes dès la naissance, ainsi que la hernie ombilicale, qui se manifeste généralement après le sevrage.

Des chiffres à la variabilité élevée

D’après les données de Suisag, la fréquence des hernies ombilicales se situe généralement entre 1 et 1,5 % des animaux, avec des variations selon les races. Les données du registre généalogique (« herd-book ») indiquent quant à elles un taux nettement plus faible. Cela s’explique par le fait qu’elles recensent principalement les troubles de ce type apparaissant durant la période d’allaitement. Or de nombreux troubles de ce type ne se manifestent que durant l’élevage ou l’engraissement et ne sont donc pas enregistrés. Dans plus de trois quarts des cas, des facteurs environnementaux sont en cause, tels qu’un manque d’hygiène dans le box ou un raccourcissement incorrect du cordon ombilical. Seuls environ 25 % des cas sont imputables à la génétique. « Toutes les anomalies résultent d’une interaction entre des facteurs génétiques et des facteurs environnementaux », explique Thomas Barmettler.

Les mycotoxines en cause

Dans la littérature spécialisée, la mycotoxine zéaralénone à effet œstrogénique est associée aux syndromes de l’abduction des membres, hernies inguino-scrotales et cryptorchidies. En effet, elle perturbe l’équilibre hormonal de la truie et influence la croissance des testicules ainsi que de l’anneau inguinal du porcelet à naître. Cependant, Thomas Barmettler met en garde contre des conclusions hâtives : « La survenue d’anomalies ne signifie pas nécessairement que les mycotoxines en sont la cause. » D’autres facteurs, comme la météo, la garde en groupe ou la chaleur peuvent avoir une influence tout aussi importante. Les signes d’une exposition aux mycotoxines se traduisent par des problèmes de fécondité sans cause apparente, des extrémités de queue nécrosées, des trayons gonflés chez les porcelets, ainsi qu’une immunité affaiblie avec des omphalites et des diarrhées accrues.

Trois leviers dans la porcherie

Thomas Barmettler cite trois mesures concrètes : premièrement, une gestion rigoureuse des porcelets allaités, associée à une bonne hygiène du nombril et du box ainsi qu’à un apport suffisant en colostrum, en fer et en chaleur ; deuxièmement, la réduction des facteurs de stress, notamment ceux liés à la conduite de l’élevage, à la chaleur, aux mycotoxines, à la gestion des truies, aux maladies et aux erreurs d’alimentation ; troisièmement, un signalement correct des anomalies. Si une exploitation signale systématiquement les saillies et les défauts dans l’outil de planification pour truies ou directement auprès de Suisag, celle-ci peut exclure un verrat de l’élevage en cas d’anomalies répétées. En revanche, si plusieurs verrats sont impliqués dans une même portée, il n’est plus possible d’identifier avec certitude l’origine des anomalies.

« Toutes les anomalies résultent d’une interaction entre des facteurs génétiques et des facteurs environnementaux. »

Thomas Barmettler, Vétérinaire, Suisag

Signalements lacunaires

Les signalements ne sont pas toujours effectués de manière systématique. Thomas Barmettler souligne que ceux-ci représentent une charge de travail aditionnelle et sont omis en l’absence d’avantage ou d’enjeu financier direct. Pour l’anomalie la plus courante, la hernie ombilicale, la composante génétique joue par ailleurs un rôle moindre et il n’est souvent plus possible, lors de la phase d’engraissement, d’attribuer les cas observés aux parents. L’expert indique que, faute d’effets visibles ou immédiats, l’utilité des signalements n’est pas toujours perçue. Pourtant, ceux-ci peuvent avoir un impact concret, comme l’illustre l’exemple suivant : dans une exploitation de mise bas, trois porcelets d’une même portée sont nés avec trois anomalies diverses (oreille atrophiée, patte malformée et groin déformé). L’exploitation a signalé la portée sur la carte truie du programme UFA2000. UFA transmet mensuellement ces informations au herd-book de Suisag, où elles font l’objet d’un suivi régulier par les responsables de l’élevage. Si des anomalies sont observées de manière récurrente chez les descendants d’un verrat utilisé pour l’insémination artificielle, celui-ci en est exclu. Des progrès ont également été réalisés en matière d’élevage, comme l’explique Thomas Barmettler : les analyses génétiques et les informations relatives à la descendance aident les responsables concerné·es à identifier les animaux porteurs de prédispositions indésirables et à en tenir compte lors de la sélection.

« Une saisie correcte dans le planificateur révèle chez quels verrats, truies ou lignées les anomalies génétiques s’accumulent. »

Simone Herzog, Cheffe du service d’évaluation des porcs, UFA SA

Signaler les anomalies

C’est justement dans ce domaine que Simone Herzog, cheffe du service d’évaluation des porcs chez UFA SA, voit un grand potentiel : « L’intérêt des signalements ne réside pas dans leur seule saisie, mais dans leur analyse régulière ainsi que dans les décisions qui en découlent. » Les outils de planification pour truies offrent tous les champs requis pour effectuer ces signalements. Encore faut-il que les données soient saisies rapidement après l’événement et par un nombre aussi élevé que possible d’exploitations. Seule la saisie électronique permet de rendre des observations isolées comparables sur le long terme. En effet, des anomalies répétées impliquent des pertes (en raison des porcelets qui décèdent ou ne peuvent être commercialisés), une charge de travail supplémentaire et des coûts vétérinaires. L’évaluation permet alors d’identifier les animaux touchés régulièrement par ces défauts. Une saisie systématique permet d’identifier les lignées ou animaux reproducteurs (verrats ou truies) chez lesquels les défauts sont particulièrement fréquents. Ainsi, les responsables peuvent exclure les animaux touchés de la pyramide d’élevage et écarter les verrats d’insémination artificielle (IA) présentant un risque accru. « L’utilisation optimale de l’outil de planification pour truies assure aux producteurs·trices de porcelets à l’engrais les meilleures conditions pour une génétique optimale lors du renouvellement de leurs troupeaux », assure Simone Herzog.

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