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Production animale

Colostrum et immunité : les premières heures de vie sont décisives

Les veaux nouveau-nés naissent sans système immunitaire spécifique. Seul le colostrum leur permet d’obtenir les anticorps nécessaires. S’ils en absorbent trop tard ou trop peu, ou si la qualité est mauvaise, le risque de diarrhée, de maladies respiratoires ou d’autres infections croît.

Colostrum et immunité : les premières heures de vie sont décisives
(Nicole Matt)

Publié le

Dr méd. vét. FVH, Clinique des ruminants, Université de Berne

Chef de vente veaux, UFA SA

En bref

  • Les veaux naissent sans anticorps maternels, car le placenta bovin ne laisse pas passer les immunoglobulines.
  • Le colostrum fournit non seulement les anticorps, mais également plus de pro téines et de graisses que le lait normal.
  • L’intestin n’absorbe les anticorps que dans les 24 heures après la naissance.

Les veaux naissent sans système immunitaire formé contre les agents pathogènes spécifiques (comme les virus responsables de la pneumonie ou de la diarrhée). En effet, chez les vaches gestantes, la structure du placenta ne laisse pas passer les immunoglobulines (abrégées «Ig» et connues sous le nom d’« anticorps ») de la mère au veau ; cela est particulièrement vrai s’agissant de l’IgG. Seul le colostrum, le premier lait produit après la naissance, permet au veau de recevoir les premières immunoglobulines nécessaires à la mise en place de son immunité. La réussite de ce démarrage immunitaire dépend de quatre facteurs : la quantité d’anticorps, l’hygiène du colostrum, le moment du premier apport et la quantité absorbée.

Des anticorps, mais pas que

Le colostrum, premier lait particulièrement riche en nutriments, présente une composition globale très différente de celle du lait de vache produit ultérieurement. Bien plus qu’un simple cocktail d’anticorps, il assure non seulement un apport rapide de lactose, mais joue également un rôle central dans le développement du système immunitaire du veau, fournit une grande réserve d’énergie au nouveau-né et amorce sa croissance ainsi que son développement physiologique. Comparé au lait standard, le colostrum du premier jour contient ainsi nettement plus de protéines et de matières grasses, mais moins de lactose. Il renferme encore les éléments suivants : minéraux, vitamines, facteurs de croissance ainsi que substances immunorégulatrices, antimicrobiennes (bactériostatiques) et antioxydantes. Enfin, il contient des cellules de défense immunitaire (phagocytes et globules blancs) ainsi que des médiateurs chimiques qui stimulent la digestion du veau nouveau-né.

De l’immunité passive à celle active

Le système immunitaire non spécifique est déjà présent chez le veau dès la naissance. Cependant, la réponse immunitaire spécifique contre les agents pathogènes fait encore défaut. Le colostrum comble alors cette lacune pendant les premières semaines de vie : le veau reçoit par ce biais les anticorps de sa mère et bénéficie ainsi d’une immunité passive. Le taux de ces anticorps dans le sang diminue progressivement après l’absorption, car le veau n’est pas encore capable de les synthétiser lui-même. La production active d’anticorps propres par l’organisme commence au cours des semaines suivantes et, selon diverses études, elle est pleinement développée entre la 8 e et la 10 e semaine de vie.

Entre ces deux périodes se situe une phase critique appelée « période de déficit immunitaire » : la protection maternelle diminue sensiblement au cours de cette phase, alors que le veau commence tout juste à développer ses propres défenses immunitaires. C’est généralement entre la 3 et la 6 e semaine de vie que ce déficit est le plus marqué. Au cours de cette période, les veaux sont particulièrement sensibles à la diarrhée, aux maladies respiratoires et aux infections, notamment au niveau du nombril, de la cavité buccale ou du système nerveux central. L’apport en colostrum influe sur la protection passive au cours des premières semaines de vie et sur l’ampleur du déficit immunitaire : plus le taux initial d’anticorps dans le sang du veau est élevé au début de sa vie, plus la protection reste élevée au cours des semaines suivantes.

Une fenêtre temporelle brève

Les anticorps ne peuvent traverser de manière efficiente et en quantité suffisante la paroi intestinale du veau nouveau-né que pendant quelques heures. Après la naissance, la paroi intestinale devient progressivement moins perméable et, au bout de 24 h, elle est totalement imperméable aux anticorps. Ainsi, plus les agriculteurs·trices donnent tôt du colostrum au veau nou-veau-né, plus le passage des anticorps à travers la paroi intestinale est efficace. La quantité d’anticorps qui parvient effectivement au veau dépend non seulement du moment de l’apport, mais aussi de la quantité et de la qualité du colostrum.

Veiller à la quantité et au moment

Dans la pratique, il est donc recommandé de sécher le veau après la naissance et de traire la vache le plus rapidement possible, dans le respect des règles d’hygiène habituelles. L’objectif est d’atteindre environ 100 g d’IgG au cours de la première heure de vie, ce qui correspond à environ 2 à 3 l de colostrum de bonne qualité. Dans les faits, il est souvent préférable d’en administrer 3 à 4 l, car sa qualité est rarement connue avec précision. Un deuxième apport d’environ 3 à 4 l supplémentaires, soit environ 100 g d’IgG, 4 à 8 h après la naissance, renforce encore davantage l’immunisation passive. Bien sûr, le veau peut boire davantage (à volonté) s’il le souhaite.

Valeur Brix pour mesurer la qualité

La teneur du colostrum en anticorps varie considérablement selon les animaux : elle est notamment influencée par la race, l’âge de la vache, la saison, l’état de santé de la mamelle, la durée de la phase tarie et le délai entre la mise bas et la première traite. Pour déterminer la qualité de ce premier lait, les agriculteurs·trices peuvent utiliser un réfractomètre, instrument simple permettant de mesurer la valeur Brix directement à l’étable. Etroitement corrélée à la teneur en immunoglobulines, cette valeur constitue en effet un indicateur fiable de ce paramètre. Pour la première buvée, il est recommandé d’utiliser un colostrum présentant une valeur Brix d’au moins 25 % (bonne qualité), voire de 28 % ou plus (très bonne qualité). Cette méthode, qui ne prend que quelques secondes, est beaucoup plus fiable qu’une évaluation basée uniquement sur la couleur ou la consistance.

« Un apport rapide en colostrum de qualité est indispensable pour protéger le veau durant ses premières semaines de vie. »

Quand la qualité n’est pas là

Si la valeur Brix est trop faible, il est possible de mélanger le colostrum de qualité moindre avec du colostrum de bonne qualité (valeur Brix supérieure à 25 %), voire de le remplacer entièrement. Dans ce cas, une banque de colostrum interne, contenant du lait surgelé, contrôlé et présentant des valeurs Brix élevées, constitue alors une solution précieuse. En l’absence d’une réserve de ce type, les aliments complémentaires à base de colostrum permettent d’augmenter la teneur en immunoglobulines de la première buvée. Ils ne fournissent cependant pas d’anticorps spécifiques aux pathogènes présents dans l’étable, ne couvrent pas entièrement les besoins nutritionnels ou énergétiques du veau et ne peuvent pas remplacer tous les composants du colostrum maternel (facteurs de croissance, substances immunorégulatrices et antibactériennes).

Protocole bien défini après le vêlage

  • Immédiatement après la mise bas, abreuver la vache avec une boisson post-vêlage.
  • Traire la vache dans des conditions d’hygiène irréprochables. 
  • Mesurer la valeur Brix et, si nécessaire, garantir la qualité, de préférence par le biais de la banque de colostrum ou d’un aliment complémentaire. 
  • Donner au moins trois litres de colostrum dans les 45 à 90 premières minutes suivant le vêlage. 
  • Fournir un deuxième apport dans les quatre à huit heures qui suivent.

Les exploitations qui mettent systématiquement en place ce protocole fournissent au veau la quantité optimale d’anticorps maternels dès la naissance. Un bon apport en colostrum renforce donc les défenses immunitaires et réduit le risque de maladie. Des études montrent en outre des effets positifs sur les gains de poids quotidiens et sur la production laitière ultérieure une fois que les veaux sont devenus des vaches. 

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