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Production animale

Urée alimentaire : un apport d’azote efficient pour la panse

L’urée de qualité alimentaire peut remplacer en partie les aliments concentrés riches en protéines sans diminution de la production laitière. Selon des calculs réalisés dans cinq exploitations laitières suisses, les économies réalisées représentent jusqu’à 0,6 kg d’aliments concentrés par vache et par jour, réduisant les coûts et renforçant l’autonomie en protéines. L’intérêt de l’urée dépend toutefois de la composition de la ration.

L’alimentation hivernale sans ensilage requiert de bien veiller à un apport suffisant en azote dans la panse. 

L’alimentation hivernale sans ensilage requiert de bien veiller à un apport suffisant en azote dans la panse. 

(Nicole Matt)

Publié le

Ancienne étudiante, BFH-HAFL

Enseignant en nutrition animale, BFH-HAFL

En comparaison avec l’ensilage d’herbe, le fourrage sec contient moins d’azote disponible rapidement dans la panse. Ce déficit augmente lorsque la ration contient une part élevée d’hydrates de carbone rapidement fermentescibles, comme le sucre issu du foin de haute qualité ou des betteraves, ainsi que l’amidon rapidement dégradable issu des pommes de terre. L’utilisation de concentrés riches en protéine devient alors nécessaire pour équilibrer la ration, mais elle augmente les coûts. En outre, elle est une entrave à l’objectif d’autonomie en protéines de la Suisse. Dans ce contexte, l’urée alimentaire peut être une solution intéressante. En effet, elle livre de l’azote rapidement disponible aux microorganismes de la panse et améliore ainsi l’indice de conversion alimentaire.

Réduction des aliments concentrés

Pour cinq exploitations laitières suisses, de nouveaux plans d’alimentation ont été calculés en intégrant 60 à 100 g d’urée alimentaire par vache et par jour dans la ration hivernale. La production laitière calculée est restée la même, tout comme les aliments concentrés utilisés. Il a ainsi été possible d’établir une comparaison directe avec les rations originales et il est apparu que les quantités d’aliments concentrés ont baissé systématiquement. Selon l’exploitation et la phase de lactation concernées, les économies se situaient entre 0,2 et 0,6 kg par vache et par jour, ce qui représente environ 60 à 180 kg d’aliments concentrés par vache et par lactation. Ces résultats ont confirmé que l’urée alimentaire corrige un manque d’azote rapidement fermentescible dans la panse et améliore ainsi l’indice de conversion alimentaire. L’effet est particulièrement marqué dans deux types de ration : dans le fourrage sec de qualité moyenne et pauvre en légumineuses, ainsi que lors de l’utilisation d’aliments riches en énergie tels que les betteraves ou les pommes de terre.

De légères adaptations de l’apport protéique suffisent déjà à améliorer sensiblement l’efficience alimentaire.

Plus d’autonomie en protéines, moins de perte de ressources

Les agriculteurs·trices qui économisent 0,2 à 0,6 kg d’aliments concentrés par vache et par jour, réduisent activement l’importation d’aliments protéiques, réduisant les coûts d’alimentation et favorisant parallèlement l’autonomie alimentaire au niveau du troupeau. Cet aspect est particulièrement important pour les exploitations engagées dans des démarches de réduction du soja ou soumises à des normes de production spécifiques. En outre, une utilisation réduite de concentrés préserve les ressources qui pourraient servir à l’alimentation humaine, allant ainsi dans le sens du principe feed no food (nourrir les animaux sans concurrencer l’alimentation humaine).

Une situation particulière en Suisse

En Suisse, l’urée de qualité alimentaire est interdite dans la plupart des fromageries AOP. Certaines organisations de producteurs excluent également son utilisation. En outre, presque toutes les exploitations de lait de fromagerie nourrissent sans ensilage, ce qui restreint l’apport de protéines rapidement dégradables du fourrage de base dans la ration hivernale. L’urée alimentaire serait alors adaptée pour compenser les carences en protéines brutes fermentescibles. L’une des conditions est que son utilisation soit autorisée dans le système de production correspondant.

Rentable, mais à utiliser avec discernement

L’urée alimentaire coûte moins que les concentrés protéiques, ce qui la rend intéressante d’un point de vue économique. Cependant, son utilisation nécessite certaines précautions. Il est conseillé d’intégrer l’urée en tant qu’aliment composé prêt à l’emploi ou sous forme protégée, ce qui permet de garantir une répartition homogène dans la ration et d’éviter les erreurs de dosage. En effet, un surdosage libère une quantité élevée d’ammoniac toxique dans la panse, pouvant provoquer de graves lésions hépatiques voire, dans les cas extrêmes, entraîner la mort des animaux en l’espace de quelques heures. Si l’urée alimentaire est utilisée, la ration doit en outre présenter une teneur en hydrates de carbone rapidement fermentescibles adaptée aux besoins. Enfin, lorsque la teneur en azote de la ration est déjà équilibrée, l’ajout d’urée est inutile.

Comparaison des coûts

A première vue, les coûts pour l’urée alimentaire (env. 99 fr. / dt) semblent comparables, voire supérieurs à ceux des tourteaux de colza et de soja. Il faut cependant prendre en compte le fait que l’urée alimentaire a une concentration en azote nettement plus élevée.

Le bilan est donc bien différent lorsqu’on considère le coût par kilogramme d’azote valorisable dans la panse (PMN). L’urée alimentaire s’élève à environ 0 fr. 35 par kg PMN. Quant au colza et au soja, ils coûtent environ 2 fr. 40 à 3 fr. 40 par kg PMN. L’urée alimentaire est donc de 7 à 10 fois moins chère que le soja et donc plus intéressante économiquement en comparaison directe. L’urée protégée, avec libération retardée, est généralement plus chère que l’urée alimentaire simple et offre également une sécurité d’utilisation plus élevée. Malgré son coût plus élevé, cette forme reste plus économique que les sources protéiques classiques.

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