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Production végétale

Couverts végétaux: objectifs clairs, bénéfices durables

Les cultures intermédiaires ont fait leurs preuves en grandes cultures. Cependant, elles ne fonctionnent plus selon la procédure standard. La sécheresse, les contraintes temporelles et les nouvelles exigences demandent davantage de plani fication et de doigté pour qu’elles puissent réellement déployer leur potentiel.

Associer différentes espèces végétales dans un mélange d’engrais verts à base de phacélie favorise un enracinement dense et profond du sol.

Associer différentes espèces végétales dans un mélange d’engrais verts à base de phacélie favorise un enracinement dense et profond du sol.

(Simon Rothenbühler)

Publié le

Rédactrice, Revue UFA

En Bref

  • Un couvert végétal doit s’adapter à la rotation et à la période sèche. En théorie, si quelques espèces bien choisies suffisent, les mélanges complexes sont plus fiables.
  • Le moment pour l’incorporation et la gestion des résidus déterminent la disponibilité des nutriments et l’utilisation efficiente de l’eau.
  • La chaleur estivale complique l’implantation, renforçant l’intérêt des sous-semis précoces, semis tardifs et systèmes flexibles.

  

Les cultures intermédiaires, aussi connues sous les noms couverts végétaux, intercultures, engrais verts ou dérobées, sont souvent utilisées dans les grandes cultures. Comme l’explique Raphaël Charles, ingénieur agronome au FiBL, si le sujet n’est pas nouveau, l’intérêt pour le sol et sa protection a nettement crû. Pouvant apporter une contribution importante à cet égard, les couverts végétaux sont souvent intéressants sur le plan économique grâce aux contributions étatiques. Pour le spécialiste, l’essentiel n’est pas tant de savoir s’ils doivent être utilisés, mais plutôt comment et dans quel but.

Quel objectif pour quelle culture intermédiaire

Dans la pratique, une question cruciale se pose : quel rôle la culture intermédiaire joue-t-elle ? Selon le site, la rotation culturale et le système de production, les priorités sont la protection contre l’érosion, la lutte contre les adventices, la préservation des nutriments, mais aussi la production fourragère comme culture dérobée. Comme le souligne Raphaël Charles, les couverts végétaux ne sont pas une solution toute faite, mais un outil à utiliser de manière ciblée : « Il faut les travailler comme une culture à part entière. » Cet impératif implique une préparation minutieuse du lit de semences et un choix d’espèces adapté au site et au but visé. Le mélange doit aussi être compatible avec la rotation : avec le colza, il convient de réduire les crucifères ; il faut aussi tenir compte de la fatigue du sol affectant les légumineuses. En complément, des espèces neutres ou d’autres familles de plantes telles que la phacélie, l’avoine ou le niger vont bien. En général, plus le semis est tardif, moins le mélange peut contenir d’espèces afin qu’elles puissent bien s’implanter. De plus, ces couverts gelant plus rarement, leur élimination doit être planifiée.

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"Il faut travailler les couverts comme une culture à part entière." Raphaël Charles, FiBL

(màd)

Préserver et exploiter les nutriments

Les engrais verts fixent les nutriments et les restituent à la culture suivante. Bien choisir la date pour l’incorporation de la biomasse est essentiel. Idéalement, celle-ci devrait avoir lieu lors de la floraison, s’il est attendu que l’azote joue un rôle crucial. Si cette opération est faite trop tard, les organismes du sol doivent transformer une grande part de carbone de la biomasse, nécessitant aussi de l’azote, qui n’est alors plus disponible pour la culture. Dans les systèmes intensifs, ce problème peut être résolu par la fumure, mais la situation est plus délicate dans les systèmes à faibles intrants et en agriculture bio. C’est pourquoi les légumineuses jouent un rôle crucial. Comme le précise l’expert, dans un mélange d’espèces, elles peuvent en effet fixer une grande quantité d’azote (jusqu’à 350 kg N / ha en monoculture). Cet élément n’est cependant pas immédiatement et entièrement disponible. Les mélanges permettent de mieux gérer la dynamique des nutriments et de réduire les pertes dues au lessivage des nitrates. Souvent, 2 à 4 espèces ciblées suffisent, mais les mélanges complexes sont plus fiables, car ils offrent une plus grande flexibilité pour s’adapter à des conditions pédologiques et climatiques variées et imprévisibles.

Résistance aux aléas climatiques

Des mélanges bien équilibrés contribuent à la stabilité lors des conditions météo difficiles. « Il faut compter avec la chaleur, la sécheresse et de fortes précipitations », explique Raphaël Charles. A cet effet, il s’agit de mettre en place une couverture du sol la plus dense possible et continue, afin de protéger le sol contre l’érosion ou les hautes températures et de réduire l’évaporation. C’est justement en période de sécheresse que se pose la question de la concurrence pour l’eau. Les couverts végétaux ont certes besoin d’eau, mais ils aident en même temps à mieux la retenir dans le système. Ce sont les modalités de gestion qui comptent : un paillage ou une incorporation effectués au bon moment permettent de contrôler la consommation d’eau. « Au printemps, il faut décider quand mettre fin à la végétation. Cela détermine la quantité d’eau dont disposera la culture suivante », explique à ce propos le spécialiste. Cependant, là encore, il faut garder à l’esprit le but dans lequel la culture intermédiaire a été mise en place : si elle est destinée à la production fourragère, elle remplit la fonction d’une culture principale, nécessitant assez d’eau pour produire de la biomasse.

Une mise en place plus exigeante

Une implantation réussie en été est de plus en plus difficile. Comme l’indique l’ingénieur agronome : « La chaleur en juillet et août complique fortement la germination et la levée. » Les sols secs et chauds rendent les fenêtres de semis classiques de plus en plus aléatoires. Dans de nombreuses régions, les semis à fin juillet ne sont quasi plus possibles. Dans la pratique, des adaptations s’imposent : des dates de semis plus tardives (fin de l’été) ou un recours accru aux sous-semis dans la céréale précédente, qui gagnent en importance notamment en agriculture bio. La condition préalable est que les peuplements ne soient pas trop denses. Au printemps, voire déjà à l’automne, le semis d’espèces à petites graines (p. ex. trèfle) a fait ses preuves. Utilisant l’humidité disponible pour s’implanter, ces espèces explosent après la moisson. Dans les systèmes conventionnels, leur utilisation est souvent compliquée par des peuplements denses et des résidus d’herbicides. Les couverts en relais, qui gagnent aussi en importance, assurent une couverture du sol sur une très longue période. Ces cultures combinent 2 cycles de croissance : un 1 er cycle estival avec des espèces classiques et une 2 e phase à partir de l’automne avec du seigle et du trèfle incarnat, qui croissent après l’hiver. Selon l’expert du FiBL, ces couverts ont, malgré leur potentiel, aussi leurs limites : en cas de fort compactage du sol ou d’importants problèmes de structure, ils ne suffisent plus ; de même, en cas de forte pression des adventices, ils ne remplacent pas une mesure de lutte directe. Leur atout réside dans la prévention et la stabilisation à long terme du système.

Exigences dans les cultures spéciales

Dans la viticulture, l’arboriculture et la culture de baies, les couverts végétaux peuvent aussi jouer un rôle important notamment pour protéger contre l’érosion ou contrôler soi-même la végétation, plutôt que de laisser les adventices se développer. Comme dans les grandes cultures, il faut aussi maîtriser la concurrence avec la plante cultivée pour l’eau et l’azote, avec des risques sur le rendement et la qualité. Cette concurrence peut être gérée de manière ciblée grâce à un choix judicieux des espèces et à une gestion adaptée. Par exemple, des espèces annuelles précoces, qui se développent rapidement au printemps, fleurissent tôt puis meurent, ont fait leurs preuves : elles exercent moins de concurrence à la culture principale pendant les mois secs de l’été, tout en retenant l’eau dans le sol. Il importe d’adapter les mélanges aux conditions spécifiques des cultures pérennes et de ne pas se contenter de reprendre les stratégies des grandes cultures. Les travaux de recherche appliquée lancés à ce sujet doivent être poursuivis. La praticabilité et l’entretien jouent aussi un rôle crucial. Les couverts végétaux doivent être contrôlés régulièrement et, si nécessaire, mulchés ou régulés mécaniquement afin qu’ils ne soient pas trop dominants.

Levier pour un système performant

« Les couverts végétaux ne rapportent pas toujours de l’argent directement, mais ils font progresser le système », résume Raphaël Charles. Leur utilité se manifeste à différents horizons temporels. Des objectifs clairs et une mise en œuvre cohérente sont essentiels. Utilisés à bon escient, ils améliorent la fertilité du sol et stabilisent l’entier du système cultural.

Retours du terrain « Les engrais verts favorisent les organismes du sol. »

 

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Markus Büsser agriculteur bio, Niederneunforn (TG)

(màd)

Les cultures intermédiaires jouent un rôle central dans l’exploitation bio de Markus Büsser : « Chez nous, les couverts végétaux servent avant tout à améliorer la qualité du sol et à favoriser les organismes vivants du sol », explique-t-il. Il accorde une importance particulière à l’activité bactérienne (p. ex. bactéries des nodosités, qui fixent l’azote). L’agriculteur mise sur les couverts végétaux après les céréales ou juste avant le maïs, comme il le souligne : « L’effet de l’azote est déterminant pour la culture suivante. » Il effectue le semis des couverts comme pour une culture principale : à l’aide d’un semoir, à une profondeur d’un à deux centimètres. Il précise à ce sujet : « C’est ainsi que cela fonctionne le mieux chez moi. » Il utilise souvent des mélanges à base de phacélie et de légumineuses pour la fixation de l’azote.

Markus Büsser indique que l’année 2025 a montré les limites de cette approche : « Par endroits, les semences ont à peine levé à cause de la sécheresse ». En Thurgovie aussi, les dates des semis sont de plus en plus repoussées. Et d’ajouter : « Désormais, je sème fin septembre ou même en octobre. » La sécheresse et les températures élevées compliquent tant le semis que l’épandage d’engrais organiques.

En raison des hivers doux, les couverts ne gèlent pas forcément ; c’est un problème pour l’exploitant, qui doit alors intervenir mécaniquement, au moyen d’un broyeur ou du rouleau faca. Ne recourant au labour que si cela est requis, il utilise le premier surtout en cas de forte pression des adventices. Les racines des couverts reprennent des fonctions importantes dans le sol, notamment l’ameublissement et la stabilisation. L’agriculteur renonce délibérément au travail intensif du sol avec une herse rotative et privilégie à la place des procédés doux tels que le cultivateur à socs en patte d’oie ou le vibroculteur.

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